Asa, la nouvelle perle de l’afro-folk

Un oiseau nigérian a atterri dans la planète musique le 16 octobre dernier avec son premier album baptisé, comme elle, « Asa » (prononcez Asha signifiant faucon en Yoruba). Signée sur un label français, cette œuvre éponyme navigue entre soul, folk et pop. Et pourtant, ce sont ses racines africaines qui font la différences avec ses aînées, comme Tracy Chapman ou Ayo. N’empêche que, pour les critiques, en écoutant Asa, on se sent bercé par les sonorités langoureuses d’Ayo.

Née en 1982 à Paris alors que son père poursuit ses études. Elle repart à l’âge de deux ans pour le Nigeria sans avoir eu le temps d’apprendre vraiment la langue de sa patrie d’adoption. Les études, ses parents les lui réclameront aussi avant de la laisser voguer de ses propres ailes dans la voie qu’elle a choisie. Comme Ayo, elle est Nigériane, chanteuse et guitariste qui brille surtout solo.

Asa, 25 ans, a été aussi bercée par un père fan de musiques noires-américaines, tendance soul, reggae et folk-jazz. Nina Simone, Aretha Franklin, Marvin Gaye, Bob Marley... ont bercé son enfance. La nouvelle perle de l’afro-folk s’inspirée également de Macy Gray, Lauryn Hill... Même si on la compare plutôt à Tracy Chapman.

Comme pour Ayo, Paris aura été la rampe de lancement de la carrière internationale de cette révélation de la musique africaine. Elle y est même née en septembre 1982. Elle y restera un peu plus de deux ans, son père travaillant à l’ambassade. « J’ai gardé des photos et des souvenirs que m’ont donnés mes parents. Je m’étais promis d’un revenir un jour », déclare-t-elle.

« J’ai envoyé une cassette au début 2004 au programme Visa pour la création de l’AFAA, le département culturel du ministère des affaires étrangères français. C’était comme une bouteille à la mer. Mais, j’ai eu la chance que l’on entende mon message », explique-t-elle comme début de son aventure.

Elle décroche la timbale, en fait un cycle de professionnalisation qui lui permet de demeurer trois mois en France, où entre elle croisera la route de Manu Dibango, Richard Bona, les Nubians...

Forte de toutes ses expériences, elle revient à Lagos, peaufine sa musique et passe aux travaux pratiques. Au début 2007, elle entre en studio pour enregistrer pendant six semaines, avec Cobhams Emmanuel Asuquo, jeune multi-instrumentiste aveugle avec qui elle fait équipe depuis trois ans. Le résultat est un premier disque éponyme.

« Toutes ces pièces composent le puzzle de ma personnalité », justifie-t-elle. Sur l’album, on peut savourer onze titres sur lesquels on croise le flûtiste Magic Malik et des percussions en pointillés, un orgue Hammond au toucher funky et une basse gorgée de reggae.

Animée d’une soif inextinguible d’apprendre et de découvrir, Asa se révèle dans un album de 12 titres où ses racines Yoruba, langue dans laquelle elle chante, donnent une note très chaude à une voix qui se met au service de son propos. Tantôt enragé, tantôt apaisé.

Ce périple musical qu’elle effectue avec celui qu’elle considère comme son alter ego, son compatriote Cobhams Emmanuel Asuquo dénote d’un esprit conscient des maux de son époque, de son pays et de son continent.

Sur l’album, deux chansons sans doute tourner en boucle. Il s’agit d’abord de « Jailer » qui évoque « l’ironie de l’oppression pas seulement politique ou raciale, mais dans la vie de tous les jours ». Et aussi de « Fire In The Mountain », une mélodie que l’on croirait sortie de chez... Ayo.

Et pourtant, « Je suis Yoruba, je suis Nigériane. Ce sont là mes racines et elles sont perceptibles dans mes chansons. Faire de la musique, c’est d’abord être moi-même. Faire de la musique, et c’est comme mon nom, c’est rechercher qui je suis. J’ai écouté beaucoup de choses très différentes parce que me suis attelée a être la plus ouverte possible. Je n’ai jamais encore eu l’occasion d’écouter Ayo », assure-t-elle. « Quand vous écoutez Asa, vous sentez tout de suite qu’il y a quelque chose de différent », dit un confrère. Un accueil admirateur qui fait de l’essai d’Asa un véritable succès !

Aïssata Bâ

Novembre 2007.