Femmes et journalisme : Vie privée, vie professionnelle

Le travail dans la presse exige une totale disponibilité, à tout moment. Difficile pour nos consoeurs de concilier cette exigence avec celles du foyer conjugal.

« Mon mari me demande de choisir entre mon foyer et mon métier. Il supporte mal de voir sa femme rentrer tard tous les soirs à la maison. Je ne sais plus quoi faire. Je finirai par abandonner mon travail. ».

Une jeune consoeur nous a confié ainsi son désarroi en étouffant un sanglot. La vie de couple des femmes journalistes est difficile. Leur situation est due à la nature du métier.

Comment concilier les exigences du journalisme avec celles du foyer. Voilà une équation qui n’est pas facile à résoudre. Tant elles sont difficilement conciliables.

Le journalisme exige une totale disponibilité, à tout moment. De jour comme nuit, quand l’actualité l’exige, le journaliste doit être sur la brèche.

Et même d’ordinaire, le travail dans les rédactions s’intensifie à partir de l’après-midi. Le "dead-line", heure limite de dépôt des articles, coïncide dans beaucoup d’organes de presse avec la fin de la journée.

Il arrive que le journaliste soit retenu à la rédaction jusque tard dans la nuit pour terminer un article ou un élément quand il s’agit de l’audiovisuel. Car il n’est pas question de laisser le travail au lendemain quand la situation l’exige.

C’est ce qui explique que les journalistes entrent pleinement en activité quand les travailleurs de la plupart des autres secteurs sont déjà rentrés chez eux.

Le traitement correct de l’information exige d’arrêter la collecte des nouvelles le plus tard possible. Il faut donner aux lecteurs, aux auditeurs, aux téléspectateurs, le maximum d’éléments sur l’état de la ville, du pays et du monde. Dans cette course contre la montre la performance réalisée crédibilise ou non un organe.

Il n’existe en effet pas de modèle pour concilier la vie familiale avec la pratique du métier de journalisme. Chaque famille et chaque journaliste règle ses problèmes au quotidien à sa manière. Chacun essaye d’harmoniser sa vie en fonction de ses propres choix, de sa situation et de son évolution au cours du temps.

Jalousie mal placée. La plupart des pionnières dans ce métier n’ont pas pu concilier le travail et la vie conjugale. Certaines ont fini par divorcer, d’autres ont tous simplement abandonné le métier. « Nous avons deux vies, une à la maison et l’autre au boulot. Il faut vraiment être bien organisée pour s’en sortir », explique Mme Maïga Fatoumata Maïga, journaliste à L’Essor.

Elle rappelle que l’éducation des enfants, l’entretien de la maison reposent sur la femme. « Notre société juge mal la femme mariée qui sort la nuit pour effectuer un reportage. Les commentaires sont cruels quand les voyages de l’épouse journaliste durent des semaines, laissant ses enfants à la garde de leur père », ajoute notre consœur. Cependant elle salue la compréhension des chefs et des confrères. « Ils nous comprennent et nous couvrent très souvent en nous épargnant les reportages de nuit ».

Plusieurs collègues ont refusé de témoigner à visage découvert pour ne pas porter préjudice à leur mari. Mais elles ont accepté de faire des confidences sous le couvert de l’anonymat. « Une semaine seulement après mon mariage, j’ai été envoyée en reportage dans une région. Mon mari s’est montré compréhensif car il connaît les exigences de mon travail. Mais mes beaux-parents, avec lesquels nous cohabitions, ne voulaient rien comprendre. Ma belle-mère a même prétendu après mon départ que j’étais allée rejoindre mon ex-petit ami. Et deux mois seulement après mon mariage, mes beaux-parents ont encouragé mon mari à prendre une deuxième épouse. Et mon mari a obtempéré", a relaté une consoeur de la presse écrite.

La vie au foyer de certaines de nos collègues équivaut à marcher sur une corde raide. « Moi, je suis divorcée », explique une autre. « Mon mari me trompait et je ne pouvais pas me plaindre. Il argumentait que je lui consacrais peu de temps. Il avait besoin d’une femme disponible. Nos relations s’étaient dégradées quand il a affirmé que je le trompais avec un autre sous le couvert de mon métier », nous a expliqué notre consœur en secouant la tête. "Cette jalousie injuste nous a conduit au divorce".

Les femmes journalistes ne sont pas pénalisées par les maternités, ni par les tâches éducatives et domestiques. Elles sont mal comprises par une certaine frange intolérante de la société.

LES CONTRAINTES SOCIOCULTURELLES ET RELIGIEUSES

Les femmes journalistes travaillent et continuent d’être des mères de famille. Elles entretiennent aussi leurs maris. Mais le débat de la gestion de leur quotidien est loin d’être épuisé. Car elles sont nombreuses les femmes journalistes à ne pas pouvoir concilier vie professionnelle et vie familiale. Le nombre de consoeurs journalistes divorcées ou célibataires augmentent.

Dans la société malienne, la femme a longtemps été considérée comme inférieure à l’homme. Elle doit se soumettre à lui et ne s’occuper que de son foyer. Elle devait obéir à ses parents, à son époux, son avis n’étant presque jamais pris en compte. Elle n’est pas consultée avant les prises de décisions même celles qui la concernent. La coutume persiste. La femme malienne intellectuelle ou analphabète a encore aujourd’hui à outrepasser de cette situation.

« Toute femme doit rentrer dans son foyer avant 18 heures, avant le crépuscule. Quel que soit le travail, la femme ne doit pas doit rester en dehors de la maison au-delà d’une certaine heure. Elle doit être présente pour s’occuper de son mari, de ses enfants », insiste Yousouf Sangaré un septuagénaire qui juge que la bonne épouse ne doit pas exercer des métiers qui la retiennent longtemps en dehors de son foyer.

« Le journalisme est un métier noble, mais les femmes ne doivent pas être obligées de quitter tard le bureau. Elles ne doivent pas faire des reportages de nuit ou des voyages. Moi je suis vraiment contre », ajoute le vieux Sangaré.

Doussou Djiré - L’Essor

Février 2008.