CAN 2008 : Les mordues du ballon rond

Avant l’élimination des Aigles, elles étaient reconnaissables dans les rues par leurs parures aux couleurs nationales.
La 26è édition de la Coupe d’Afrique des Nations de football Ghana 2008 bat son plein. La compétition continentale regroupe, tous les deux ans, 16 équipes africaines. Elle consolide les liens de fraternité, de solidarité entre les jeunes africaines. Ce forum de grande mobilisation est un espace d’échanges et d’intégration des peuples.

Ce contexte apaisé impulse le développement des pays. Avant l’élimination des Aigles, dans la capitale et dans tout le Mali, la ferveur sportive était totale. Les villes, les villages, mêmes les hameaux les plus reculés étaient mobilisés autour des Aigles du Mali.

La particularité de cette Coupe d’Afrique des Nations 2008 fut la mobilisation massive des femmes pour soutenir l’équipe nationale. À Bamako, le jour des matches des Aigles étaient fêtés à travers le port de vêtements et de parures tricolores.

Les couleurs du drapeau national (vert, jaune, rouge) couvraient les personnes, les véhicules, les bâtiments. Et il n’était pas rare de rencontrer des femmes au visages peinturlurés aux couleurs nationales. Elles étaient même habillées, chaussées et parées de boucles d’oreilles aux couleurs du drapeau (vert, jaune et rouge).

Nombreuses étaient celles qui arpentaient les avenues, les rues, les marchés arborant fièrement des tresses vert jaune rouge. Le drapeau du Mali illuminait et inspirait tout. Il prêtait ses couleurs aux boucles d’oreilles, aux colliers, aux foulards, aux bracelets. Il est heureux que les Maliennes aient découvert la valeur ajoutée tricolore.

Elles ne manquaient pas d’astuces pour bien soutenir l’équipe nationale, rivalisant d’imagination pour exprimer leur patriotisme. Et Dieu seul sait combien de ces jeunes femmes ont accepté de sacrifier leurs petites économies pour arborer des maillots de soutien aux Aigles.

SUPPORTER AVEC LES LARMES

Dans notre pays, le football n’est plus considéré comme un sport masculin. La mobilisation des femmes autour de l’équipe nationale est donc un phénomène nouveau qui prend de l’ampleur. À Bamako, les débats après les matchs sont animés aussi bien par les hommes que par les femmes.

L’étudiante Salimata Traoré ne cache pas son plaisir de suivre les matches de football. "J’aime le football. Je ne joue pas, mais je connais bien le football et les footballeurs. Moi, je peux citer les noms de plus de 100 joueurs à travers le monde", confie-t-elle avec fierté.

« Il est rare de voir des femmes passionnées de foot. Pourtant, il y en a. La preuve. "Je suis une femme et le foot fait partie de mes sports préférés. Il ne faut pas oublier que le foot est un sport "assez" violent par moments. C’est pourquoi les femmes préfèrent d’autres sports plus raffinés comme le basket-ball. Personnellement, je trouve que celles qui ne regardent pas le football ne savent pas ce qu’elles ratent », rétorque F. D., la voisine de Salimata.

La capitale grouille de "supportrices acharnées" qui sont versées dans les règles du ballon rond. Dans les bureaux, aux marchés, dans les classes, elles discutent de la CAN, proposent des analyses qui révèlent l’étendue de leur culture du ballon rond et de la carrière des vedettes nationales ou étrangères.

Les pudiques parmi nos citoyennes se contentent de citer des sourates. Ces véritables mordues du ballon rond n’attendaient pas les résultats pour prédire la victoire et le trophée au "Mali qui va gagner" à Accra.

Elles ne se privaient pas de crier, chanter, applaudir, siffler et huer les adversaires. Les femmes profitent aussi de leur grand nombre pour organiser spontanément des animations dans les cours de nos familles et au bord des grandes voies. Il arrive même que dès que les Aigles marquent un but, il y a des femmes qui pleurent de joie.

"Le football est le sport le plus populaire au monde, le plus pratiqué. Il jouit de la plus grande audience télévisuelle. Cette discipline sportive est très médiatisée", commente la ménagère Djènèba Diarra qui pense que les Maliennes ne doivent pas rester en marge de cet événement continental. Surtout que notre pays y participe, ajoute cette fervente "supportrice" des Aigles, drapée dans un drapeau national.

Pendant notre entretien, elle arborait un mouchoir, des boucles d’oreille, un collier, une camisole, un pagne tricolores. "Même si je n’ai pas les moyens de partir au Ghana, c’est un devoir patriotique pour moi de soutenir mon pays", soutenait notre interlocutrice qui ne ménageait pas ses prières à la veille du match des Aigles contre les Elephants de Côte d’Ivoire.

LE FOOT ET MOI ÇA NE COLLE PAS

L’exception confirme la règle. Mme Diallo Salimata Touré ne veut en aucun cas entendre parler de foot. Cette "insensible aux charmes du foot" ressasse son souhait autour d’elle : « Vivement la fin de la CAN ». La durée d’un match "est le moment le plus long pour moi", confesse Salimata. "Non seulement je dois empêcher mes enfants de sortir après la victoire de l’EN, mais aussi je dois ordonner mon salon mis en désordre après chaque match », se lamente-t-elle.
Et elle conclut ainsi : "De toutes les façons, le foot et moi, ça ne colle pas."

Mme Diarra Mariam Sangaré, pense la même chose. N’étant pas une mordue du ballon rond, elle vit la CAN 2008 comme « un calvaire ». Chez moi, explique-t-elle, « quand les Aigles jouaient, il régnait un silence de deuil. Personne n’osait parler, malheur pour moi si un bruit sort de ma cuisine. Je ne peux même pas rire à mon aise dans ma chambre au risque d’être grondée par le maître des lieux", vitupère cette dame. Le visage triste qu’elle affiche en dit long sur sa peine.

Mariam A. TRAORÉ


CES FOOTBALLEURS QUI FONT CHAVIRER LES FILLES

Bien de nos soeurs suivent les matchs de la CAN, rien que pour voir les vedettes du ballon rond

"J’adore Momo, reconnaît-elle. Si je le vois jouer, je ne sais plus où m’asseoir. Moi, je regarde cette CAN pour admirer ma vedette." Alice explique à qui veut l’écouter les raisons de son intérêt pour les matchs de la Coupe d’Afrique des Nations. "Je voulais partir au Ghana, rien que pour voir Momo de mes propres yeux et lui dire que je l’aime. Faute de moyens, je suis encore là. Mais je suis heureuse de le voir évoluer sur les écrans de télé", renchérit la belle Alice.

Comme Alice, des milliers de jeunes filles à travers notre pays rêvent d’un prince charmant parmi les stars africaines du football. Cet amour se manifeste de plusieurs façons. Les phases finales de la CAN 2008 offrent l’occasion à ces amoureuses, d’adorer les hommes de leurs rêves sur les écrans de télévision. Ces sentiments se traduisent de diverses façons.

Certaines portent les maillots de leurs idoles. Elles exhibent le nom ou la photo de leurs joueurs préférés. D’autres tapissent les murs de leurs chambres et les armoires avec des posters des joueurs qu’elles adorent. Les fanatiques se font même tatouer les noms des stars sur leurs seins, autour de leurs reins. Et même sur les fesses.

ELLES REGARDENT LA CAN A CAUSE D’EUX

Les femmes adorent les célébrités masculines parce qu’elles aspirent à vivre dans le luxe. Que ce stéréotype soit vérifié ou non, aujourd’hui beaucoup de jeunes filles affichent sans état d’âme leur affection envers les footballeurs. Les liens noués avec les internationaux constituent un trophée pour celles qui arrivent à leurs fins.

En effet, dans les causeries les jeunes filles se lancent le défi de réaliser le rêve de rencontrer, de faire des photos, de sortir avec les joueurs de l’équipe nationale. Dès que les artistes du ballon atterrissent à Bamako, la course de vitesse commence pour les admiratrices. Les portes de Kabala sont prises d’assaut par des grappes de visiteuses qui n’hésitent pas à aller frapper à la porte des rédactions pour obtenir les contacts téléphoniques des joueurs.

Les journalistes sportifs en savent un bout sur ces élégantes qui offrent leur coeur sur un plateau d’argent à des footballeurs talentueux. Le témoignage de l’un de nos confrères est édifiant. « Lorsque les joueurs arrivent à Bamako, affirme un journaliste, nous sommes harcelés par des jeunes filles qui veulent avoir les numéros des portables des joueurs. ».

Il révèle que les numéros les plus demandés sont ceux de Mamadou Lamine Sissoko alias « Momo », Mamadou Diarra dit "Djila", Cédric Kanté et Frédéric Oumar Kanouté. Les chasseresses sollicitent aussi les mails des joueurs étrangers comme l’Ivoirien Drogba, le Camerounais Samuel Eto’o, le Sénégalais Kalilou Fadiga, le Togolais Emmanuel Adebayor, le Ghanéen Michael Essien.

Toutes ces filles courent pour se faire une place au soleil et ambitionnent de partager la vie des stars. L’étudiante Poupée expose sans ambages ses motivations. « Je rêve d’épouser un joueur, confesse-t-elle. Je suis fascinée par les belles voitures, les vêtements de marque, les merveilleuses maisons, les dîners dans les restaurants de classe, les récits des journaux. Mon souhait est d’épouser un international malien. ».

Oumou Traoré est une fan de l’emblématique attaquant camerounais. « Eto’o est mon soleil. Je pense à lui chaque jour. Je regarde tous ses matchs. Bref je suis accrochée ! Et cela dure depuis 4 ans. Il est merveilleux, mignon, super, génial. Il est resté toujours égal à lui-même et ça c’est cool. Le jour où je le rencontrerai, je ne sais pas ce que je ferai. Je regarde la CAN à cause de lui. »

La grande Miriam est amoureuse de Santos, le n° 11 tunisien d’origine brésilienne. Quand la Tunisie joue, Miriam est concentrée sur le jeu de son homme. « Je deviens nerveuse, mais je ressens un immense plaisir en suivant Santos sur le terrain », hurle la jeune fille. Cette admiratrice a été incapable de contenir sa joie lorsque Santos marqua un but pour la Tunisie contre l’Angola. « Santos ! Santos ! Santos ! Ce nom résonne dans mes veines au même rythme que les battements de mon cœur. Il nous offre un spectacle à sa façon, un mélange de rythmes, d’émotions, d’énergie et de bonheur », relate la demoiselle.

Toutes les "accro" ne sont pas expansives. Ainsi, la svelte Adam Diallo aime les footballeurs, mais reste raisonnable. Elle juge qu’être femme de footballeur équivaut à jouer un rôle à plein temps. L’épouse épaule son mari dans les moments difficiles et profite des délices de la vie de star.

Doussou DJIRÉ - L’Essor

Février 2008.