Femmes & tabagisme : Les maliennes s’y mettent

En plus des perturbations menstruelles, de la précocité de la ménopause, des fausses couches et de l’accouchement prématuré, le tabagisme menace la santé des bébés des femmes enceintes.

Les femmes, selon les experts sont plus sensibles que les hommes aux effets toxiques de l’alcool. Il pourrait en être de même pour la cigarette. Actuellement en Afrique et particulièrement dans les grandes villes du Mali, il n’est plus étonnant de voir une femme la cigarette à la main ou à la bouche.

Ce nouveau phénomène tire sa source des changements sociaux et culturels que subissent nos pays au contact des valeurs occidentales importées dans le sillage de la colonisation. Le préjugé de la suprématie des valeurs de civilisation européennes s’est incrusté à travers la femme blanche.

Les femmes africaines l’admiraient fumant une cigarette face à son mari. Elle attirait les regards tirant et rejetant négligemment quelques bouffées lors des cérémonies officielles.

Le bâtonnet de brins de tabac diffuse la fausse image de l’homme ou de la femme modernes. Cet article traite bien de la relation femme et cigarette. Il est par contre avéré depuis des lustres que la poudre de tabac, le tabac à chiquer stimule les méninges de tous, particulièrement de nos personnes âgées.

L’image est devenue coutumière au village de voir les hommes et les femmes échangeant des pincées de tabac en poudre, rapidement léchées par une langue gourmande.

Les pionnières de l’émancipation féminine ont commencé par imiter la femme blanche. Certaines se cachaient pour fumer un mégot ramassé dans le sillage de la "blanche civilisée", d’autres en rupture de ban avec la société africaine fumaient au grand jour devant tout le monde, en compagnie de leurs petits copains blancs. Pourquoi les femmes fument-elles ?

Très souvent, c’est pour des motifs semblables à ceux des hommes. Elles succombent au désir de faire comme les hommes. Elle veulent améliorer l’estime de soi et accéder à la détente de l’esprit. Elles finissent par tomber dans l’excès, le vice, le tabagisme.

Une mère qui fume

Cependant, il existe aussi des facteurs comme la volonté du contrôle du poids, de gérer le stress ou la colère, de sortir de l’ennui, de la solitude. A cela s’ajoute l’éternel envie d’avoir un contrôle sur sa vie.

Les femmes fument par suite de l’évolution des normes sociales et du nombre croissant de jeunes filles qui grandissent avec une mère qui fume. Il est possible aussi qu’elles aient été influencées, à une certaine époque, par les films mettant en scène des vedettes féminines qui fument.

Les femmes modèles montrées à l’écran réfléchissent à la solution d’un problème ardu la cigarette logée entre les doigts. Elles tirent goulûment sur une mèche quand elles sont heureuses. Ces clichés marquent l’esprit de plus d’une spectatrice.

Le développement du tabagisme chez les femmes est lié aussi aux tactiques de commercialisation des compagnies de tabac. Elles ont délibérément visé les femmes par la publicité. De nombreuses jeunes filles ressentent un écart entre leur apparence réelle et celle dont elles rêvent.

A leurs yeux les techniques de commercialisation des grandes marques font miroiter les capacités de la cigarette à valoriser les silhouettes déficientes et les parures ordinaires.

Autrefois, dans notre pays, la plupart des fumeuses étaient des prostituées et les habituées des bars. La sphère des femmes qui fument s’est élargie depuis.

Les intellectuelles, les ménagères, les étudiantes s’affichent publiquement, sans état d’âme, le paquet niché au creux de la main. Chacune développe une bonne raison pour justifier son penchant pour la cigarette.

Notre première interlocutrice est une intellectuelle qui a préféré garder l’anonymat. Elle soutient qu’elle devait fumer ou périr et qu’elle n’avait pas le choix. "L’accro" de la sèche a en effet longtemps séjourné en Europe. Elle raconte que son entourage ne lui a pas donné d’autre alternative. Quand elle est arrivée en Europe, il lui fallait coûte que coûte fumer pour supporter le mauvais temps. Elle évacuait la fatigue ou se défoulait un peu en fumant. "Ce n’était pas facile pour nous à l’époque", explique-t-elle.

Mais, continue-t-elle, si elle pouvait revenir en arrière elle ne fumerait certainement pas. Elle a été confrontée à beaucoup de problèmes à son retour au pays. "Les gens ne me comprenaient pas. J’ai failli détruire le foyer de ma mère quand mon père a su que je fumais". La fumeuse anonyme n’arrive plus à arrêter de fumer. "J’ai tout fait. Je suis même allée consulter un psychologue. Mais en vain", continue-t-elle et conclut en lançant un appel à tous les fumeurs et en particulier aux femmes : le meilleur remède contre le tabac est de ne jamais commencer à fumer.

L’élégante étudiante Aïchata Maïga fume pour son plaisir. "Je trouve que c’est à la mode. C’est passionnant et relaxant. La cigarette est à la fois un passe-temps et une arme contre la détresse et l’ennui", juge Mlle Maïga qui n’est pas prête à cesser de fumer malgré les campagnes antitabac. "Nous mourrons tous un jour de quelque chose", justifie-t-elle.

Par contre Kamissa Diarra fume pour surmonter un complexe. Cette jeune fille d’une trentaine d’années fume il y a plus de 10 ans. "J’étais très timide. J’avais de la peine à fixer mon prochain dans les yeux. Cet handicap nuisait à mon rendement de barmaïd. Les clients m’ont conseillé de fumer pour dissiper mon trac", explique Mme Diarra qui avoue que la cigarette lui a permis de sauver son emploi.

L’accroissement du tabagisme chez les femmes a entraîné dans leurs rangs une hausse des maladies et des décès occasionnés par le tabac. Autrefois les maladies occasionnées par le tabac étaient beaucoup plus fréquentes chez les hommes dans notre pays que chez les femmes.

L’interne Soungalo Traoré affirme que le tabagisme tue sans discrimination. “Quand les femmes fument comme les hommes, elles meurent comme les hommes", souligne-t-il. Le tabagisme des femmes est d’autant plus inquiétant qu’il expose leur santé à des risques qui leur sont propres.

MORTELLES

Le tabagisme cause une augmentation des perturbations menstruelles. Il provoque la précocité de la ménopause ainsi qu’à l’ostéoporose (fragilisation des os) après la ménopause.

La femme qui fume quand elle est enceinte augmente les risques pour la santé de son bébé. Elle est exposée à de fausses couches et l’accouchement prématuré.

Celles qui fument alors qu’elles prennent des pilules contraceptives pourraient être victimes de crise cérébro-vasculaire. Le tabagisme chez la femme réduit aussi le taux de fécondité.

Toutes les formes de consommation du tabac rendent dépendantes. Et elles sont mortelles. Les preuves scientifiques démontrent que fumer provoque le cancer du poumon, de la bouche, de l’oesophage, du larynx, du pharynx, de l’estomac et du pancréas.

Les fumeuses sont sujettes à des maladies cardiaques et peuvent attraper l’emphysème. Cette maladie provoque la dilatation excessive et permanente des alvéoles pulmonaires avec rupture de leurs cloisons.

La bronchite chronique, les lésions précancéreuses, la gencivite guettent toutes les fumeuses. Elles sont facilement frappées par la leucoplasie, une vilaine maladie de la bouche.

Elle se manifeste par l’éruption d’une plaque blanche sur la muqueuse buccale. Dans ce sinistre tableau, des dangers qui jalonnent le parcours des fumeuses le moindre mal est la dépendance à la nicotine.

Avant de céder à la tentation de fumer, ayons toujours en tête que la cigarette est nuisible à la santé.

Mariam A. TRAORE - L’Essor

Mars 2008.