Dee Dee Bridgewater, jazzwoman : La star charmée par la musique malienne

Née Denise Eileen Garret le 27 mai 1950, Dee Dee Bridgewater a derrière elle une grande carrière de chanteuse de jazz récompensée par deux Grammy awards. Son travail d’exploration l’a menée au Mali en 2006 où elle a conçu son projet « Red Earth » (Terre rouge). Un projet auquel ont participé Oumou Sangaré, Toumani Diabaté, Mamani Keita, Lassy King Massassy ou Cheick Tidiane Seck.

« Le Mali m’a révélée à moi-même… L’Afrique, c’est ce qui me manquait pour être moi-même », reconnaissait la jazzwoman américaine, Dee Dee Bridgewtare, dans une interview publiée le lendemain de la sortie de son dernier album sur le marché, Red Earth (Terre rouge). Les Maliens ont réellement découvert cette star Africaine-Américaine quand elle est arrivée, il y a un an, pour l’enregistrement de son album Red Earth (Terre rouge). Un projet autour duquel elle a réussi à réunir les grands de la musique malienne et de jeunes talents. Il s’agit, entre autres, de Oumou Sangaré, Toumani Diabaté, Mamani Kéita, Lassy King Massassy ou Cheick Tidiane Seck.

« Avant de me rendre au Mali, j’ai écouté la musique de plusieurs pays principalement situés en Afrique de l’Ouest et dans le golfe de Guinée. Celle du Bénin, du Cap-Vert, de la Côte d’Ivoire mais aussi du Tchad, du Nigeria, du Sénégal et du Ghana. Aucune ne m’a transportée comme la musique malienne. Quelque chose en moi me prenait aux tripes et j’ai décidé d’aller visiter ce pays pour comprendre les raisons de ce ressenti », avait-elle justifié le choix du Mali pour concrétiser ce rêve qui lui tenait tellement à cœur.

Un choix que la star du jazz n’a d’ailleurs pas regretté. Pour elle, « je suis arrivée là où j’aurais dû être depuis longtemps. Pas seulement en tant qu’artiste, mais comme être humain. J’ai eu des réponses à mes questions existentielles. Sur le plan musical, j’ai bénéficié de l’aide inestimable de Cheikh Tidiane Seck, que je ne connaissais absolument pas, mais qui avait enregistré un album que j’ai adoré avec le pianiste Hank Jones (Sarala, ndlr). J’avais besoin d’un tel guide, d’un grand musicien qui connaît cette musique et qui a eu des expériences dans le jazz afin de pouvoir mixer les deux. C’est ainsi que Cheikh est entré dans ce projet en me présentant d’autres stars maliennes ».

Naturellement que D.D Bridgewater considère Red Earth comme « une expérience musicale. En le réalisant, je me suis découvert une nouvelle voix, plus posée, sereine. Parallèlement, je chantais avec la conviction intime d’être dans la patrie de mes ancêtres. Vous ne pouvez pas imaginer cette sensation pour quelqu’un qui, finalement, s’est toujours sentie comme une apatride, y compris en France ».

Pour de nombreux critiques, Red Earth est sûrement un des disques de jazz marquants de l’année 2007. L’œuvre est d’abord et avant tout un album de musiques du monde. La double démarche artistique et spirituelle de remonter la généalogie ramène Dee Dee Bridgewater et ses musiciens d’Amérique jusqu’aux racines du grand arbre, encore bien plantées dans la terre rouge du Mali.

Forcément, un standard comme Afro Blue reprend ici tout son sens, orné qu’il est d’une armada de percussions traditionnelles de l’Afrique sub-saharienne. Et c’est sans parler de la kora de Toumani Diabaté, des voix d’Oumou Sangaré et Ramata Diakité, des balafons et des n’gonis. Oui, le jazz ressort grandi de cette randonnée à la source, mais c’est la musique ethnique qui lui vole largement la vedette ici. Justice est faite ! Son disque, qui fait la fusion entre le jazz et la musique mandingue, est bien plus qu’une nouvelle expérience dans une carrière déjà bien remplie.

L’Afrique s’est littéralement révélée à la chanteuse, transcendant même sa propre existence. Née en 1950 à Memphis dans le Tennessee, Dee Dee Bridgewater a joué avec les plus grands jazzmen, s’est produit dans de prestigieuses formations, tant américaines qu’européennes, et a reçu de multiples récompenses parmi lesquelles un Grammy Award pour son album-hommage à Ella Fitzgerald en 1998.

Incarnation de Billie Holiday dans la pièce Lady Day, partenaire de Ray Charles dans la chanson « Precious Things » en 1989, mais aussi interprète de Carmen dans une version jazz, elle est, en France, la première Américaine à siéger au sein du Haut Conseil de la Francophonie (HCF). Elle est aujourd’hui chevalier de l’Ordre national du Mérite en France ainsi qu’Officier des Art et Lettres. D’ailleurs, sa carrière a été marquée par de nombreuses consécrations grâce à de somptueux albums comme « This is new » (2002), « J’ai deux amours » (2005) qui reprend des grands classiques français.

Mère de trois enfants, Dee Dee Bridgewater aborde tous les styles de jazz avec un même entrain et une égale puissance vocale. Elle séduit un public qui dépasse celui des aficionados du jazz. Sa maestria vocale a recours au jazz comme à un levain qui transforme ces chansons en véritables standards internationaux. Dee Dee communique une autre pulsation, explore l’accentuation métrique, puise aux ressources du ternaire, du scat, de l’improvisation.

Aujourd’hui marquée à vie par son expérience malienne, Dee Dee Bridgewater rappelle que « l’Afrique est un tournant dans ma vie et j’entends l’assumer. Mon prochain album sera probablement réalisé avec Bassékou Kouyaté et son groupe, Ngoniba ».

Aïssata Bâ

Mars 2008.