Oumou Diarra, comédienne : Une artiste accomplie

Il n’est pas donné à tous les artistes d’avoir le talent de tenir, seul, un public en haleine pendant une heure. Et pourtant, c’est la prouesse réussi par Oumou Diarra dite Djèman (la Blanche) dans son « One woman show », « Souraka Mousso Lalley » (femme maure). Un spectacle dont la première a eu lieu le 3 novembre 2007 dans un Palais de la Culture plein comme un œuf.

« Il fallait le voir pour y croire. Une seule personne tenir en haleine pendant une heure une salle remplie comme un oeuf avec autant d’assurance et de cohérence dans ses propos » ! Telle est l’exclamation d’une spectatrice, rapportée par le quotidien national l’Essor, à la fin du spectacle « One man show » ou plutôt « One woman show », intitulé « Souraka Mousso Lalley » (femme maure). Ce n’est pas pourtant surprenant pour qui connaît l’animatrice vedette de la chaîne II de l’ORTM, Oumou Diarra dite Djèman. Cette comédienne, révélée sur le tard, a de l’humour et est dotée d’une étonnante capacité à se mouler dans les différents rôles qu’elle interprète.

Belle et élégante, Lalley ne comprend pas son record. Elle vient de boucler sa troisième année de mariage sans aller ailleurs. Sa grand-mère, ses tantes, ses amies n’ont jamais atteint ce « fâcheux » record. Quelle honte pour elle ! C’est décidé, elle divorce... ! Telle est la trame de cette comédie, qui tourne souvent au satyre social.

Cette œuvre brille par la rigueur de la mise en scène et la maîtrise scénique de Djèman, l’éternelle rivale de Fiman (la Noire, Lala Drabo). Et dire que la « plus belle des Maliennes », s’est découverte des talents de comédiennes sur le tard. Diplômée en douane à l’Ecole centrale pour l’industrie, le commerce et l’administration (ECICA) de Bamako, Oumou Diarra n’a pas été à une école de comédie. Lasse d’attendre un succès au concours d’entrée à la douane, Djèman (la Blanche) est conduite par le comédien Michel Sangaré dans les locaux de la radio Kayira. Histoire de tuer le temps en attendant de trouver mieux.

Une carrière atypique

« C’est par un pur hasard que je suis devenue animatrice et comédienne. Je voulais être douanière et comme on le dit, on ne peut échapper au destin. Je crois que mon destin était de devenir par¬tisane de ce boulot depuis 1992. Sinon, je suis sortante de l’ECICA de la promotion 1990. C’est justement en attendant le concours de la Douane que le comédien Michel Sangaré m’a demandé de l’assister dans une émission dénommée Guinguin grin à la radio Kayira. Parce que je tenais beaucoup les gens en haleine dans les quartiers », explique Oumou.

C’est ainsi que commence sa fulgurante carrière d’animatrice à travers deux émissions phares : « Biribara ton » (littéralement en bambara l’association des personnes dépravées et « Douba kônô » (dans la grande famille). Cette dernière émission a connu beaucoup de succès car elle éduquait les femmes à l’hygiène de la famille, et leur donnait des conseils et astuces pour vivre en harmonie avec leurs co-épouses et à garder leurs maris. Ces émissions étaient tellement suivies par la gent féminine, que des demandes fusaient de partout afin que la direction de la radio Kayira puissent les faire passer dans ses stations de l’intérieur du pays.

L’animatrice dont le code de popularité ne cessait de grandir, a tapé dans l’oeil du directeur de la chaîne II de l’Office de radio-télevision du Mali (ORTM), Boubacar Touré. Ainsi, en 2002, Oumou Diarra s’installe dans la cabine de « L’Onde de choc » (la Chaîne II). « J’ai vraiment passé de très bons moments à la radio Kayira. Mais, suite à une mésentente avec les dirigeants de cette radio, j’ai décidé de m’en aller de mon propre gré avec d’autres amis qui animaient là-bas avec moi. C’est alors que j’ai reçue la visite de Boubacar Touré dit Boby, ex-directeur de la chaîne II pour me demander de faire partie de ses animateurs », se souvient la nouvelle star de la scène théâtrale malienne.

Un talent humble

Et l’on peut aujourd’hui dire que l’histoire a donné raison à Boby d’avoir dans son effectif cette animatrice aux qualités professionnelles et humaines reconnues et par ses collaborateurs et par les auditeurs de la radio. A la chaîne II, Oumou Diarra crée une nouvelle émission « Fiman ni Djèman » (la Noire et la Blanche) qu’elle co-anime avec Lala Drabo et Lamine Sissoko. Et surtout « 20 sur 20 », son émission phare que les femmes ne souhaiteraient rater sous aucun prétexte. Sa carrière nationale s’est établie grâce à l’émission de téléréalité « A nous la citoyenneté » qu’elle co-présente avec Ibrahima Dionkoloni Coulibaly. Que de succès pour cette femme qui surfe à merveille entre l’animation radiophonique, le cinéma et le théâtre.

En effet, la talentueuse Oumou Diarra joue dans de nombreux films maliens comme « Walaha », « Dou, la famille », « Niani », « Sanoudjè » et la première série policière malienne, « Commissaire Balla ». Mariée et mère d’un garçon, Oumou Diarra associe son époux à son succès. « Ce succès, je le dois à mon mari qui est mon premier fan, mes collaborateurs et à toutes ces personnes de bonne volonté qui me soutiennent dans mes activités », soutient-t-elle, en mettant modestement son talent inné au second plan de sa grande réussite.

« Si un projet me tient à coeur aujourd’hui, c’est d’ouvrir un centre d’écoute et de conseil matrimonial pour les femmes et les jeunes filles afin de construire une société malienne avec moins de divorces, moins de disputes dans nos foyers et en retour plus de compréhension et d’entente pour faire régner la paix et le bien-être à la maison et dans nos communautés », ambitionne Mme Coulibaly Oumou Diarra.

Comme le disait un confrère, en guise de chute d’un article sur la comédienne, « tout laisse imaginer de beaux jours pour Oumou Diarra qui n’a plus certes la candeur de ses 15 ans, mais qui a encore de l’énergie à revendre et nourrit beaucoup d’amour pour ce qu’elle fait ». Difficile d’en douter pour qui connaît cette dame dynamique et talentueuse !

Aïssata Bâ

Mars 2008.