Ces femmes qui soutiennent leurs maris sur tous les plans

Aujourd’hui, nombreux sont les couples dont les deux conjoints sont salariés. Les épouses inactives se font rares. Celles qui n’ont pas un emploi salarié, pratiquent le petit commerce. Il arrive aussi que l’époux soit au chômage. Dans ce cas, il n’a pas de revenu mensuel et ne peut subvenir aux besoins de la famille. L’épouse est donc amenée à assurer les dépenses quotidiennes du foyer. Dans notre pays, rares sont les épouses, toutes ethnies confondues, qui ne gardent pas le secret des difficultés financières de leurs maris. Les femmes ont le don de faire fonctionner une chaîne de solidarité invisible et indissoluble qui n’est autre qu’une déclinaison de la fibre maternelle, muée en génie créateur au service de la survie de la famille. Beaucoup de nos mères, nos sœurs prennent en charge leurs foyers.

Le code malien du mariage assigne au mari l’obligation de prendre en charge les besoins de sa femme en nourriture, habillement, soins de santé et autres. En contrepartie, l’épouse lui doit obéissance et respect. Elle doit aussi contribuer au bien-être du foyer si elle en a les moyens. Malheureusement dans nos communautés, l’orgueil des hommes ne permet pas toujours aux femmes de faire ce que le code de la famille a prévu.

En général, le mari se sent diminué s’il n’arrive pas à supporter les dépenses de la famille. Nos vieilles mamans se souviennent qu’autrefois les épouses s’occupaient seulement des travaux ménagers. "Nos papas n’acceptaient même pas le moindre sou de leur part dans les dépenses de la famille. Ils étaient fiers de prendre en charge toutes les dépenses du foyer", se souvient l’octogénaire Mme Sidibé Awa Ballo qui ajoute : « Il faut reconnaître, néanmoins, qu’à cette époque l’argent n’avait pas autant de valeur qu’aujourd’hui ».

« Il arrivait que le mari avait des problèmes financiers. Dans ce cas, l’épouse, dans l’intimité, le suppliait d’accepter son « trésor caché ». Cela pouvait être de l’or, une somme d’argent ou des bijoux de valeur. Même en acceptant cette aide de son épouse, l’époux jurait de s’acquitter de la dette dès que la situation s’améliorerait », témoigne la grande-mère.

Cette sage épouse trouve naturel qu’une femme aide son époux à subvenir aux dépenses de la famille. « Le mariage, c’est le pire et le meilleur. Quoi de plus normal que d’aider son mari dans les moments difficiles de la vie », argumente-t-elle.

PAR AMOUR ET PAR RESPECT

La race des épouses soumises, solidaires et discrètes dans le soutien apporté à l’époux est loin de s’éteindre dans notre pays. Elles agissent par amour et par respect pour cet être chéri avec lequel elles sont liées pour le meilleur et le pire. Elles le font pour sauvegarder l’esprit familial de solidarité, de compréhension, de convivialité.

Mme Sacko Assétou Traoré est commerçante. Depuis 17 ans, elle fait face à toutes les dépenses de son foyer. L’entretien de son mari lui incombe totalement. « Mon mari était chef d’un projet arrivé à terme depuis 18 ans. Malheureusement, il n’a pas eu une autre chance de travailler. Depuis, je fais tout dans la maison. Chaque mois, je mets à sa disposition un budget pour les dépenses mensuelles de la maison y compris ses propres frais, révèle Mme Sacko. Parfois, mon mari se révolte contre cette situation. Je n’ose même pas lui reprocher quelque chose de peur qu’il ne pense pas que je me comporte en chef de famille. Mais je l’aime et ça va."

Les familles où l’épouse détient le cordon de la bourse ne sont pas toujours bien vues. Le témoignage de Mme Ami Diarra haut cadre de l’administration est éloquent. "Mon mari était chauffeur de gros porteur. Un jour, il se retrouva sans emploi. Depuis, c’est moi qui subviens aux dépenses du foyer : nourriture, habillement, entretien de sa voiture. Je le fais avec joie. Quand mon mari travaillait, je ne manquais de rien", assure-t-elle.

Son dévouement à son foyer lui a valu l’incompréhension de ses propres parents. Sa mère et ses sœurs l’ont interpellée sur le sujet. "Tu serais maudite par hasard ? C’est toi qui entretient ce fainéant", lui a violemment lancé la vieille mère. A cette question brutale, Ami a simplement répondu : "Cet homme est le père de mes enfants. Nous nous sommes mariés pour le meilleur et pour le pire". Depuis, personne ne lui fait le reproche ouvertement. "Le "quand dira-t-on" ne m’atteint pas. L’essentiel est le bonheur de mon couple et de mes enfants", insiste Mme Diarra.

La vie n’a pas été tendre pour Adama, ex-agent compressé d’une grande société de la place, qui a fermé ses portes depuis 1991. Le vieux Adama confie que depuis 1993, c’est son épouse qui fait tout à la maison. "Je dis bien tout. J’en ai honte. Quand je travaillais, j’ai donné à mon épouse un fonds de commerce. Elle l’a bien fructifié. Aujourd’hui, elle m’entretient sur tous les plans. Elle achète mon habillement, mes chaussures. Je ne manque pas de cigarettes ni de frais de carburant. Ma femme me donne tout. Dans la famille, mes frères qui travaillent m’envient. Que Dieu accorde Sa baraka à la progéniture de cette épouse modèle", bénit le vieux Adama, très reconnaissant.

Le cas de Moussa Maïga illustre bien le dévouement d’une épouse au service de son foyer. Loin d’être un nécessiteux, il travaille dans l’administration. « Je travaille et je suis payé. Mais mon salaire me sert aussi à subvenir aux besoins de mes parents. C’est ma femme qui s’occupe de tout dans notre foyer y compris ma personne. Parfois, je l’aide dans les grosses dépenses. Je ne la remercierai jamais assez. Dieu sait que je le pense sincèrement », témoigne notre interlocuteur.

Il existe des épouses non moins vertueuses mais qui ne sont pas enclines à entretenir une famille. Elles estiment qu’entretenir son mari ou l’aider à subvenir aux dépenses familiales est une aberration et une insulte à la tradition. L’élégante Mariam partage cet avis. Elle est convaincue que la femme ne doit pas contribuer aux dépenses du foyer. "Ce comportement est contraire à la tradition, clame-t-elle. La femme fait la cuisine, la lessive, le ménage et tous les autres travaux domestiques. Où donc est la fierté d’être homme si la femme doit s’occuper de tout."

Elle semble ignorer que l’épanouissement économique du foyer ne dépend plus seulement du mari. Alors épauler son époux ou le suppléer en cas de besoin pour assurer les dépenses quotidiennes, ne diminue en rien une épouse. Bien au contraire. Les épouses qui soutiennent financièrement le chef de famille ont du mérite.

Doussou DJIRÉ

LES TANDEMS

Mme Bocoum Salimata Cissé aide son époux dans les dépenses familiales depuis 34 ans. Pour elle, vivre à deux nécessite de mettre en place une façon simple et claire de gérer ensemble les finances de la famille. « Le dispositif du compte joint est un des meilleurs exemples pour une gestion au quotidien. Il offre à chacun la liberté d’entreprendre. Encore faut-il poser des règles pour que l’argent ne devienne pas sources de conflits », explique cette sexagénaire.

Malheureusement, déplore cette dame, beaucoup de conjoints ou conjointes salariés refusent de révéler le montant de leurs salaires à la personne qui partage leur vie. D’où la méfiance et l’existence de climat de tension. « Rien n’est éternel, autant savoir ce que chacun gagne et dans quelles dépenses l’on peut s’engager ».

« Quand je travaillais, à la fin du mois, mon mari et moi versions une partie de nos salaires dans un compte commun pour les dépenses familiales et les imprévus. Le reste chacun gère. Cela ne nous empêchait pas de nous offrir des cadeaux lorsque l’occasion se présente », témoigne Mme Bocoum qui conseille : « La vie à deux passe aussi par les projets d’avenir, les grands investissements, qui nécessitent du temps et de l’argent. Pour cela, il faut mettre en place une solution d’épargne ».

"Pour moi, la grande tâche revient à la femme de gérer des dépenses en fonction de vos revenus respectifs. Car nous sommes plus dépensières que les hommes", conseille notre interlocutrice en concluant que "l’argent ne fait pas le bonheur en général, ni celui du couple en particulier".

D. D
L’Essor

Mars 2008.