Dècès de Katoucha Niane, mannequin : Hommage universel à une immortelle « Reine »

Le corps retrouvé le 28 février 2008 dans la seine est « formellement » celui de l’ex-mannequin Katoucha Niane. Disparue depuis début février, la Princesse Peuhle est morte noyée, selon les résultats de l’autopsie pratiquée le soir même de la découverte de son corps. Une triste fin pour une dame de cœur qui avait humblement mis sa célébrité aux services des femmes et des enfants. Une star aujourd’hui pleurée un peu partout dans le monde par des millions de fans.

« Katoucha ! Je l’adore ! Chaque fois que j’appelle ma famille, je commence par demander : Est-ce qu’on a retrouvé Katoucha ? Je ne crois pas qu’elle soit morte. Katoucha est une personne tellement adorable que nous ne pouvons pas encore nous résoudre à la perdre. Déjà, j’aurai aimé la revoir à Dakar pour lui présenter ma couronne de Première dauphine de Miss Sahel afin qu’elle sache qu’elle a des fans qui suivent ses pas » ! C’est ce que nous disait la première dauphine de « Miss Sahel 2007 », Mlle Sylveria Aminata Dieng (Sénégal). C’était lors d’un entretien qu’elle nous accordé le 20 février 2008.

Hélas ! L’ange de la mort se fiche pas mal de nos sentiments de mortels. Il a fauché sans pitié Katoucha dont le corps a été découvert le 28 février 2008 dans la Seine près du pont du Garigliano, à Paris (XVe). Soit un mois après sa disparition après une soirée passée en compagnie de ses amis. Les enquêteurs avaient alors privilégié la thèse de l’accident. Elle est morte par « submersion rapide sans traces de violences », d’après les résultats de l’autopsie, a précisé à l’AFP une source proche de l’enquête, ajoutant que des « examens complémentaires » de « routine » auraient lieu plus tard dans le cours de l’enquête.

C’est une grande amazone de l’émancipation féminine qui s’éteint ainsi au sommet de son engagement. Femme de coeur et mère dévouée, Katoucha a défilé en Smalto pour l’association de la princesse Kata Mari pour venir en aide aux enfants burundais victimes de la guerre. Dans cette même lancée, elle crée sa propre association dénommée « Katoucha pour la lutte contre l’excision » (KPLCE). Une concrète traduction de sa volonté de dire non à cette mutilation et soutenir les victimes. La lutte contre l’excision a ainsi été l’une des grandes batailles livrées par Katoucha Niane, d’origine guinéenne.

Un combat motivé par l’amère expérience qu’elle a elle-même vécu à l’âge de 9 ans. « J’avais 9 ans, nous vivions à Conakry, la vie était belle. Un jour, maman m’a dit qu’on allait au cinéma. Et je me suis retrouvée victime d’un film d’horreur. Un traumatisme inouï, dont je n’avais jamais réussi à parler, avant de rencontrer l’amour », écrit-elle dans son livre, « Dans ma chair », (éd. Michel Lafon).

Mannequin de notoriété internationale, Katoucha n’a jamais cessé de se battre pour l’image de l’Africaine, de la Noire. Un engagement qui s’est traduit par une initiative baptisée « Ebène top model ». L’égérie de Yves Saint-Laurent et coach de l’émission Top Model sur M6 avait initié ce concours afin de donner aux jeunes filles noires et métisses un enseignement et une chance d’embrasser la carrière de Top Model, avec des professionnels du métier (agence de mannequins, couturiers, photographes). Ce concours a donné un espace de liberté et de responsabilité aux jeunes filles futures ambassadrices de leur pays, de la vie et de l’avenir du monde.

Fille de l’écrivain Djibril Tamsir Niane, Katoucha est née en 1960 à Conakry, en Guinée. Excisée à 9 ans sur décision de son père, elle sera abusée sexuellement par un oncle avant de rejoindre, à 12 ans, sa famille à Dakar (Sénégal). Alors qu’elle a tout juste 17 ans, Katoucha tombe enceinte et on la marie de force à l’hôpital juste après l’accouchement. Elle s’enfuit à Paris avec sa fille et fait ses premiers pas dans le mannequinât lors d’un défilé pour Thierry Mugler. De fil en aiguille, Katoucha s’impose sur les podiums et devient l’une des premières mannequins noires. Elle devient vite l’égérie de grandes maisons de couture comme Christian Lacroix ou Yves Saint-Laurent.

En 1994, Katoucha présente sa première collection personnelle. Un succès d’estime qui ne dépassera jamais les frontières du microcosme de la mode. Katoucha entame alors une traversée du désert, écumant les boîtes branchées et les bars de nuit à la mode. En 2005, la chaîne M6 la recrute pour coacher les candidates de « Top Model 2005 ».

Son visage réapparaît alors dans la presse people avant qu’elle ne parte s’installer à Dakar pour retrouver ses racines. Multipliant les allers-retours à Paris, Katoucha a publié en 2007 un livre témoignage « Dans ma chair », chez Michel Laffont. Une œuvre dans laquelle elle révèle les blessures provoquées par son excision. Lutter contre cette mutilation devient alors son grand combat, avec sa propre association.

Un hommage universel

Sa beauté et sa détermination aidant, elle a donc connu une brillante carrière de mannequin. Une célébrité et une notoriété qui lui ont valu des surnoms comme la « Naomi Campbell francophone » ou encore la « Princesse Peuhle ». Sa disparition a visiblement endeuillé la planète. Et les réactions de compassion se sont multipliées, surtout de la part des internautes africains de par le monde.

Et les images qu’on retient de Katoucha sont nobles et à la hauteur de son engagement pour l’humain, particulièrement la Femme.
« Grande dame, elle était magnifique, forte, d’une classe naturelle et d’une vraie beauté d’âme », écrit un fan sur Internet.
« Vous avez fait honneur aux vôtres et aux femmes sur cette terre », dit un autre sur la toile mondiale. « La beauté, le soleil, l’élégance, le coeur, la joie, la fête, la vie… » !
Voilà entre autres aux images et valeurs auxquelles Katoucha est associée par ceux qui l’ont approché et côtoyé.

Même décédée, Katoucha reste Katoucha dans le cœur de ses admirateurs. Elle restera à jamais « la fée des podiums, qui a fait rêver le monde entier. Une silhouette de gravure de mode avec un port de tête sublime, mais dotée d’une grande générosité, d’une immense humanité qui l’illuminait ». Ce qui est bien mérité car Katoucha est née avec une étoile de reine sur son front, pour régner en toute beauté. Une reine ne meurt jamais !

Et comme réagissait un fan éploré, « ta disparition a marqué tous les coeurs sensibles à ton courage, à ton élégance et à tes ambitions. Que Dieu t’accorde sa miséricorde. Au revoir Katoucha, nous ne t’oublierons pas. Paix à ton âme » !

Aïssata Bâ

Mars 2008.