Collé Sow Ardo, icône de la mode africaine

« Baol-baol » (commerçants ambulants) ! C’est ainsi que se définit la reine du pagne tissé, Collé Sow Ardo, une icône de la mode africaine. De son Diourbel natal, elle a sillonné les grandes capitales du monde pour apprendre et se faire un nom. Sa détermination et sa pugnacité lui ont permis de faire de Dakar l’une des plaques tournantes de la mode africaine.

Des cordes ! Collé Ardo Sow n’en manque pas à son arc. L’enfant prodige de Diourbel a ainsi été la première à faire du pagne tissé une base pour la confection de tenues vestimentaires. Un sourire désarmant et farouche détermination à défendre ses convictions sociales, religieuses et surtout culturelles. Voilà d’autres atouts sur lesquelles repose sa grande réussite dans le milieu de la mode africaine. La styliste et fondatrice des manifestations culturelles dénommées « Sira Vision » (Salon de l’Innovation et de la Représentation Africaine. SIRA est aussi le prénom de la fille de Collé), a par exemple réussi à faire de la capitale sénégalaise l’une des plaques tournantes dans ce secteur. Ses premiers pas dans la mode, elle les fait en 1972 en Tunisie. Elle s’est envolée ensuite vers Paris, capitale mondiale de la mode pour mener une carrière de mannequin et surtout faire des études de stylisme. De retour au bercail, elle lance sa marque et elle se bat depuis pour se faire une place au soleil de la mode. Et malgré sa notoriété, Collé ne cesse de se battre pour la vulgarisation de son art. C’est ainsi que « Sira Vision » a vu le jour en 2003 à l’occasion du 20e anniversaire de sa gamme de couture. Elle voulait ainsi créer un espace où les stylistes pourraient mettre leur talent au grand jour et solliciter des financements potentiels. La 4e édition de cet événement majeur a eu lieu du 27 au 30 mars 2008 à Dakar (Sénégal).

« L’ambassadrice de la mode sénégalaise et africaine tisse sa toile sans tambour ni trompette, parce qu’elle n’aime pas le folklore, elle encourage tout le monde à faire de même car seul le travail paie », écrit un confrère sénégalais à propos de Collé Sow Ardo. Très engagée, elle garde toujours une pensée pour les femmes qui dorment à peine parce qu’elles veulent gagner leur pain à la sueur de leur front.

« La famille soudée est au cœur de ma carrière », révélait la styliste sénégalaise dans une récente interview accordée à la presse sénégalaise. « J’assume parce que toute ma famille est mobilisée dans l’organisation. Et c’est extraordinaire car même ceux qui ont d’autres compétences et activités s’impliquent et chacun mène à bout et à bien sa parcelle du chantier », a-t-elle ajouté en faisant allusion aux préparatifs de la 4e édition de Sira Vision.

Professionnelle jusqu’au bout des ciseaux, Collé n’en est pas moins maman de sept enfants dont la plupart travaillent dans l’entreprise familiale qui emploie une douzaine d’agents en permanence. Si elle qualifie de « dur dur », elle s’estime heureuse d’avoir bénéficié du « soutien infaillible et indispensable » de son mari depuis ses débuts. « Mon mari a même aidé les mannequins à s’habiller lors de mon premier défilé à Dakar », confie la styliste diplômée de l’Institut de Coupe et de Haute Couture de Paris, et qui a entamé une riche carrière depuis 1983. « La création est du domaine de l’artistique qui exige beaucoup de concentration et d’équilibre et cela n’est possible qu’avec un compagnon qui accepte le métier. C’est aussi un secteur très boulimique en dépenses où on doit sortir de l’argent même sans en avoir gagné et souvent nos hommes nous aident financièrement », dit-elle sans aucun complexe.

C’est avec le sourire et une bonne dose d’humilité que Collé dit pouvoir habiller tout le monde, de la Première Dame, Mme Viviane Wade, à la simple citoyenne, « il suffit seulement de venir me voir », explique celle qui a été honorée de l’Ordre National des Arts et Lettres du Sénégal. Avec un budget en constante hausse (passant de 120 millions de F CFA au début à plus de 200 millions en 2008), Sira Vision « n’est pas rentable ». Mais, il faut plus pour dissuader la styliste de s’arrêter. Pour elle, ce qui compte, c’est « ma vision et mon destin ».

Cette résistance est liée au fait que « Sira sert à la promotion de la mode africaine et les stylistes qui y participent ne voudront pas je m’arrête. Beaucoup de créateurs africains disent vendre plus depuis qu’ils y viennent », avoue la dame de cœur. L’un des fondements du succès de Collé, c’est qu’elle a « la fine intelligence » de planifier sa carrière. Ainsi, elle veut être représentée à Paris en 2010. Mais, seulement après avoir ouvert à Dakar une école de formation pour 40 ouvriers de la mode et, par la suite, une unité de production afin de répondre efficacement à la demande parisienne et occidentale. « Nous livrons beaucoup sur Paris à notre clientèle africaine et européenne », dit Collé en soutenant avoir longtemps et bien mûri ce projet d’école et d’unité de confection, même avant la première édition de Sira. Sans aucun artifice, pour paraphraser un confrère sénégalais, la simplicité et la modestie de cette anti-star pleine de charme et de classe, frappe et séduit d’emblée quiconque côtoie cette icône de la mode qui a les idées bien en place.

Sira vision : la mode a l’assaut du VIH/sida
Le 4e Gala annuel de Sira Vision a eu lieu du 27 au 30 mars 2008 à Dakar (Sénégal). Il a permis à près d’une trentaine de couturiers modélistes africains (Alphadi, Pathé’O, Maïmour, Pepita D, Remi Lagos, Jean Doucet, Korotimi, Traoré Dou, Claire Kane, Binta Bakhoum, Mame Fagueye Bâ…) de révéler au grand jour leurs talents par l’exposition d’une gamme variée de styles africains lors d’un défilé de mode le 29 mars à la Place du Souvenir de Dakar dont c’était l’inauguration sur boulevard de la Corniche. Sira Vision 2008 a débuté par un panel de discussion sur les opportunités et les défis liés au financement de la mode en présence d’Awa Ndiaye, la ministre sénégalaise de la Femme et de l’entreprenariat féminin.

La classe politique a été représentée au plus haut niveau par le président Abdoulaye Wade, accompagné par la Première dame du Sénégal, Viviane Wade. Selon le quotidien dakarois Wal-Fadjri, le budget du Sira s’élevait cette année à 260 millions de FCFA. Un budget qui en valait la peine, à en juger d’après les réactions des participants. « Je salue la diversité de cette soirée », a déclaré le président Wade. « Je n’aurais jamais imaginé la hauteur de l’événement auquel je viens d’assister », a dit Me Wade. Un compliment qui, à lui seul, est une grande motivation pour la promotrice qui ne cesse de se sacrifier (physiquement et surtout financièrement) pour maintenir cet événement au grand bonheur de stylistes africains.

Pour Collé Sow Ardo, le secret est de pouvoir dénicher des jeunes talents dynamiques. C’est pourquoi Sira Vision inclut dans son programme une tournée autour du pays à la recherche de stylistes anonymes, mais talentueux. C’est ainsi que l’événement s’est étendu aux villes de Mbour, Diourbel, Fatick, et Saint Louis. Pour joindre l’utile à l’agréable, de nombreux participants ont porté un ruban rouge en guise de soutien à la lutte contre la pandémie du VIH/Sida.

Aïssata Bâ

Août 2008