Drague : Comment les filles s’y prennent...

La drague, synonyme de séduction pour la nouvelle génération, n’est pas si compliquée que cela, pourtant beaucoup y voient un barrage insurmontable. Un phénomène à multiples causes, la drague devenue comme une maladie du 21e siècle chez les célibataires et mariés, certaines filles font de cette drague un métier de tous les jours.

Ce métier est exercé sur les lieux publics comme les boîtes de nuit, les restaurants, les bars et même sur l’Internet - un outil qui favorise des rencontres virtuelles. Mais faut-il franchir les premiers pas pour qu’on te nomme «  fille facile » ?

La drague est un art difficile. Faire une rencontre est un chemin de croix. Les échecs sont nombreux ! Les hommes sont de plus en plus rares et les filles nombreuses. La stratégie a changé de camp. Face à l’indifférence des garçons et aux difficultés de choix, les filles ont appris à se battre, à chercher, à arracher. Reportage dans un monde où l’on ne se fait aucun cadeau !

« La drague pour les filles est une question de dosage. Il faut savoir intéresser, mais pas trop ; repérez l’appât pour le mettre dans les filets, prendre des pincettes, au risque de le laisser retomber dans l’eau. Il faut surtout savoir écarter rapidement les pieuvres (les copines) qui sont autour », explique Fatou, une fille d’à peine 17 ans.

Pour elle et ses copines, aujourd’hui, la drague est juste un «  passe-temps ». « Les garçons draguent, collectionnent les nanettes et s’en vantent. Pourquoi pas nous ? », ajoute sa copine. Il y a peu, la drague était considérée comme un «  sport » purement masculin.

Mais, de nos jours, de plus en plus de filles s’y mettent, indifféremment de l’âge, avec des intentions et des fortunes diverses. En effet, certaines, surtout après 25 ans, cherchent à entraîner leur conquête devant l’imam et le maire. D’autres, par contre veulent s’amuser (17-20 ans) ou simplement veulent quelqu’un capable de leur offrir la dolce vita.

Pas besoin d’être beau et riche pour plaire, la séduction est une science à part entière, détenue par certains qui savent comment s’y prendre. « Ne pensez pas que tous les gens sont égaux lorsqu’il s’agit de drague, c’est une façon d’être qui s’apprend. On ne sait pas à la naissance comment séduire, de même qu’on ne sait pas comment faire du vélo. Chacun de nous, grâce à nos relations amoureuses passées, se forge une expérience qui conduit à plus de maîtrise », ajoute une dame d’âge mûr.

Le célibat est l’un des pires maux de ces dernières décennies et ce phénomène va croissant. Certaines prennent le sujet à la légère jusqu’au jour où elles ne voient plus de soupirant rôder autour. D’autres restent optimistes en pensant que ça va se résoudre tout seul dans un avenir proche ( » Dieu doit à chacun un jeudi ») ou au contraire prennent leur destin en main pour changer cela et vont prendre ce qu’elles désirent.

Des techniques

« La démarche paraît simple et naturelle, mais la pratique l’est moins surtout lorsqu’il s’agit d’instaurer des relations autres qu’amicales. En effet, on ressent facilement de l’attirance pour quelqu’un, mais il est toujours difficile "d’entrer en action", de draguer », affirme une fille qui a comme terrain de prédilection les lieux de fête.

Pour elle, la drague est un moyen de faire comprendre à une personne qu’on est attiré par elle. On drague pour séduire quelqu’un et essayer de concrétiser. Le problème est en fait de savoir quoi faire sans paraître ridicule et sans risquer de « se faire refouler ».

Tout le monde a pu avoir droit un jour à un «  non », mais une fille ressent toujours le « non » comme une humiliation, comme un défi. Pour éviter ce genre de refus désobligeant, les filles ont des techniques que certaines qualifient «  d’infaillibles » pour devenir de vraies croqueuses d’hommes.

La drague, ne l’oublions pas est souvent un besoin de se valoriser, tant auprès des autres qu’auprès de soi-même. En réussissant à draguer une personne, on se sent séduisant, intéressant, plus fort. En fait, c’est une façon de se prouver à soi-même qu’on peut plaire. Mais la drague, c’est aussi et surtout une façon de communiquer, une forme de langage.

Comme tout langage, la drague ne se résume pas en un seul aspect. En effet, on peut rencontrer quelqu’un, un soir en boîte et vouloir le draguer parce qu’il nous plaît, mais aussi être intéressée depuis longtemps par une personne que l’on connaît déjà et qui nous connaît aussi. En fait, ce qui fait la difficulté de la drague est que chaque situation est différente, selon la personne, le contexte...

Pour les filles, pour draguer, il faut toujours se mettre sur «  son 31 », être naturelle et détendue. Il faut aussi avoir de l’humour et ne pas faire peur aux garçons. « Quand les garçons pensent que vous êtes une fille qui aime l’argent, ils ont peur ». En plus, il faut savoir écouter et être disponible. Les garçons apprécient cela !

Soumaila Camara, Sociologue : « Un phénomène lié à la mode »

« Le phénomène de la drague des filles peut être sociologiquement expliqué par des contraintes sociales liées aux différentes expériences de la mode. Et la mode en tant que tel peut venir de l’extérieur comme de l’intérieur du pays, mais seulement à des degrés différents. Comme il est généralement peu connu, les filles sont beaucoup plus sensibles à la mode, à tout ce qui est nouveau ou étranger.
Alors de ce point de vue, elles n’hésitent jamais à mettre en pratique les traits culturels même si ces derniers ne s’accordent pas aux différentes réalités socioculturelles de sa société d’accueil. Et là c’est surtout lorsqu’elles sont influencées par les stars de cinéma, de musiques. Aussi, toujours par contraintes, c’est-à-dire par besoin d’argent, par peur du chômage et dans l’espoir de vivre à la mode, elles draguent.
Dans ce contexte, la motivation dont le fondement principal est la recherche des intérêts personnels peut les pousser à cibler des hommes capables de leur procurer régulièrement les articles à la mode. Aujourd’hui, force est de reconnaître que le concept social des filles a changé. Il va du coq à l’âne
 ».

Les hommes et les drageuses

« Pas de recettes infaillibles »

Une fois que certaines filles trouvent leur partenaire idéal, elles ne le laissent plus s’échapper. L’amour peut survenir n’importe quand et au-delà des coups de foudre soudains, il faut juste lui donner l’étincelle suffisante.
Mais là comme ailleurs je dirai aux filles de faire attention aux arnaques en tout genre et autres promesses d’amour sous couvert d’argent et éloignez-vous des requins qui ne cherchent que des relations de courte durée et parfois amères, surtout si c’est l’amour avec grand « A » qu’elles recherchent. Avant de rencontrer qui que ce soit, discutez longtemps avec lui, pour essayer d’en savoir plus sur lui et pourquoi pas être accompagnée lors du rendez-vous.

Provoquer les opportunités

Pour les filles, avant tout, il faut rencontrer l’élu de son cœur, que ce soit dans la vie courante, sur le lieu du travail, lors des sorties ou sur le net. Pour ce faire, il faut oser franchir le premier pas et aller à la rencontre de l’amour.

Selon la même source, « lorsqu’on est célibataire et qu’on souhaite rencontrer quelqu’un, il n’est pas toujours facile de provoquer ces entrevues ».

Aujourd’hui au Mali le problème qu’on observe chez un certain nombre de filles à part la timidité est tout simplement de ne pas avoir d’occasions. Il faut alors provoquer les opportunités.

Religions et drague : le fruit défendu

La drague est interdite par toutes les religions, en particulier par l’islam. Selon le prêcheur et maître coranique I. K. «  il est permis aux filles de chercher un mari qui leur convient, mais pas un homme avec qui, elles pourront s’amuser. C’est pourquoi la religion a formellement interdit qu’une fille bafoue sa dignité, sa réputation et même l’honneur de sa famille à la recherche d’un quelconque homme pour des aventures. Généralement, les conséquences de la drague sont lourdes et entraînent parfois des divorces dans les foyers et plus grave, des morts d’hommes après un mariage dont le soubassement est mal construit ; et dont les procédures ont été ratées depuis le premier jour où le jeune homme et la jeune fille se sont connus ». Dans le même ordre d’idées, I. K. dira que « des solutions doivent être préconisées pour corriger ces maux qui gangrènent la couche religieuse ».

DANS LA RUE

Y. Kéita : « C’est un complexe »

La drague c’est comme un moyen de séduction pour certaines filles, un complexe pour d’autres. Aujourd’hui, de nombreuses filles ne font plus la différence entre un amant et un profiteur.

Elles font de la drague leur boulot, car elles parviennent à soutirer de l’argent à leurs prétendants. Mais certaines n’osent pas faire les premiers pas, parce qu’elles ont peur de passer pour une « fille facile ». Franchement, je trouve la drague très normale.

Le sourire des jeunes filles révèle leur intérêt pour les hommes, accompagné d’un contact visuel ça fait tout un effet. Il faut surtout écouter son prétendant, car les gens ont toujours besoin d’être écoutés et respectés même dans le contexte de la séduction.

A. M. : « Qui ne risque rien n’a rien ! »

Une fois que vous avez visualisé le jeune homme, vous devez l’aborder de suite, car il est possible que vous ne le revoyez jamais. Soit vous connaissez la personne et alors il ne vous suffit plus qu’à essayer de la séduire, soit vous devez l’aborder, et même si c’est parfois difficile pour les plus timides d’entre vous, il faut indéniablement passer par cette étape. Mais dites-vous une chose : qui ne risque rien n’a rien ! Un conseil à l’endroit des filles dragueuses : une fois décidées ; prenez votre courage à deux mains et foncez.

Oubliez les clichés, engagez la conversation sur un sujet banal dans la situation où vous vous trouvez, sans trop l’être non plus pour ne pas fatiguer votre partenaire, évitez la pluie et le beau temps, observez ce qu’elle porte ou parlez de ses passions si vous les connaissez.

Surtout, oubliez vos problèmes, ce n’est pas en parlant de vos problèmes que vous attirerez la personne idéale, c’est plutôt le contraire, se plaindre n’est pas la meilleure approche possible.

Et n’oubliez pas que dans les endroits publics, si vous désirez revoir la personne, il faut se donner rendez-vous ou échanger vos numéros de téléphone. Restez naturelle, souriez, la conversation s’engagera d’elle-même. « Regardez, souriez et écoutez ». Trois verbes simples mais qui pourraient changer le cours des événements côté séduction.

F. D. : « On n’est pour autant pas des filles faciles »

Certaines femmes n’osent pas faire les premiers pas, car elles ont peur de passer pour des « filles faciles ». Si le gars pense ça, dites-vous que de toute manière, il ne valait pas la peine d’être dragué. Les hommes ont, quant à eux, peur du rejet. Peur de s’entendre dire non ! Devant les femmes, ils perdent souvent leurs moyens et préfèrent s’abstenir que d’essuyer un refus et sont ensuite frustrés par leur manque de courage.

Il suffit de quelques trucs et une bonne dose de confiance en soi. Soyez convaincu que vous pouvez le faire, mettez vos points forts autant physiques que ceux de votre personnalité en évidence, soyez fiers de vous. Portez des vêtements dans lesquels vous êtes à l’aise mais aussi visiblement neufs. Le naturel est toujours payant. Par contre, n’ayez pas peur d’être plus direct, si vous y êtes à l’aise. Exposez directement vos intentions à l’avantage de ne pas laisser place à l’ambiguïté. L’autre peut aimer être la cible de tentative de séduction.

PETIT REPORTAGE......

La cyberdrague en vogue !

Le Net : un réseau international de rencontres et d’échanges a favorisé la communication entre garçons et filles qui, de plus en plus, se draguent par Internet.

« Thatcher » par le Net pour trouver un amant pourquoi pas un mari est devenu un loisir en général chez les filles. Un loisir qui les oblige à aller au-delà de leurs possibilités pour avoir l’élu du cœur. Si d’aucuns dépensent 300 F CFA (1h) pour leurs besoins, les thatcheurs prennent en général 3 à 4 heures de temps au profil de leurs intérêts personnels.

«  A partir de 19 h, je suis déjà au cybercafé et je ne sors souvent qu’à la fermeture. Tous les jours je dépense au minimum 1000 F CFA malgré la cherté de la vie, mais je ne regarde pas le côté financier, car causer avec celui que j’aime me fait oublier tous mes problèmes ; quand on aime, on doit se sacrifier. Honnêtement parlant l’amour n’a pas de prix. Avec le Net, je m’en réjouis en un mot, je trouve tout mon plaisir dans ça », affirme un rat du cyber que nous avons rencontré. Mais attention aux obsédés sexuels qui se font passer pour « le bon Dieu sans confession » en trompant les filles. « Qui êtes-vous la belle demoiselle, la beauté rare ? Avec cette flatterie, mon chemin est assuré », commence pour se vanter le jeune l’homme.

La fille devant son petit écran connecté à l’Internet devine déjà son avenir. «  Quelle chance, quelle opportunité que Dieu m’offre comme ça ! Un vrai match à gagner ». Le train de l’espoir et du désespoir démarre à 80 km/h. On constate, qu’il y a de ces espoirs dans cette affaire qui se brisent, mais d’autres se réalisent en finissant par le mariage, qui est aujourd’hui le rêve de toutes les filles. Il est naïf ce phénomène de drague et il n’y a aucune crainte au départ.

Mais ce que l’on constate aujourd’hui c’est que les jeunes aiment aller dans les endroits fermés ou aménagés pour mieux séduire. L’on ignore si c’est la civilisation moderne ou l’abandon total de valeurs traditionnelles qui en est à la base.
Dans le temps, c’était l’homme qui partait à la recherche de la fille pour tisser des relations, mais à ce jour la façon de procéder a changé.

Les filles sont fières de monter la sentinelle pour qu’elles puissent voir leurs partenaires la nuit. Un comportement qui dévalorise nos valeurs socioculturelles. Les filles ne savent plus faire la différence entre un profiteur et un amant. En fin de compte elles finissent par se « mettre le doigt dans l’œil ».

Assitan Haïdara

Les Echos du 13 Août 2008