Les confidences d’une lesbienne

Vu la force du stigmate qui entoure l’homosexualité, bien des gens cherchent à en jeter le blâme sur les étrangers, ou à nier la présence de l’homosexualité dans leur propre culture. Mais il s’en trouve qui assument leur penchant lesbienne dans notre pays.

Nous avons rencontré une jeune fille de 26 ans dans un quartier de la ville de Ouagadougou. Elle a accepté se prêter à nos questions réponses sur son penchant et sa vie de lesbienne. Pour une raison purement personnelle et à cause de l’homophobie, elle a souhaité que l’on ne dévoile pas son identité. Mais pour des besoins journalistiques, nous allons l’appeler Aïcha Kaboré. Lisez plutôt !

Pourquoi t’habilles-tu en garçon ?

Aïcha Kaboré (A.K) : Je ne vois rien de mal à ça. J’aime m’habiller depuis ma tendre enfance en garçon et je trouve que c’est très bien comme ça. C’est un look que j’ai adopté et ça me va très bien.

Comment vis-tu ta vie sentimentale ?

A.K : Actuellement je suis déçue, mais je le vivais bien... J’avais une amie, mais nous nous sommes quittées. (Après un moment de silence). Il faut que vous sachiez que je ne vis pas pleinement cette situation à cause de la société, mais je trouve mon plaisir plus chez les femmes que chez les hommes.

Pourquoi ?

A.K : Comme ça ! Ce serait long de dire cela ici. Et puis c’est peut-être un don de Dieu, je n’en sais rien.

Comment ça t’est venu d’être lesbienne ?

A.K : Je l’ai découvert quand j’étais encore au collège. J’avais une voisine de classe pour laquelle j’avais un penchant sexuel et je ne comprenais pas. Et puis chose assez bizarre, on est resté trois ans ensemble tout en changeant de classe mais toujours voisines. Plus le temps passait et plus je développais une certaine jalousie et un certain manque quand je ne la voyais pas. Alors j’ai commencé à me poser des questions, mais je me suis dit à un moment : pourquoi pas avec les filles ? Et la première fois que j’ai eu des rapport intimes avec une fille, j’ai constaté qu’avec les filles c’était plus intéressant qu’avec les garçons. Pourtant, à cette période, je fréquentais déjà un jeune homme.

Comment se comportent les gens autour de toi ? Savent-ils que tu es lesbienne ?

A.K : Je sais que les gens parlent de moi, mais je m’en fous. C’est ma vie à moi et je fais ce que je veux avec. Je sais qu’on parle de moi, mais personne n’est encore venu me reprocher quoi que ce soit. Et puis je ne prête pas attention à ces choses-là. Je fais ce qui me plaît.

Mais est-ce que tes parents sont au courant de tes penchants ?

A.K : Il y a peut-être un membre de ma famille qui est au courant, mais il ne m’a jamais parlé de ça. Mais je suis sûr qu’il est au courant. Mais maintenant les autres parents tels la maman, le vieux, non... Je ne pense pas qu’ils le sachent.

Et si un jour il y avait une marche des Gays, bisexuels, lesbiennes et transsexuels, y participerais-tu ?

A.K : Je ne pense pas. Je préfère vivre ma sexualité dans mon coin. Vous savez, ces choses-là sont encore mal vues dans les pays africains et les gens nous assimilent facilement aux œuvres du diable. On ne comprend pas encore ça ici et l’affirmer, cela peut te fermer des portes alors que tu es une personne normale comme les autres. Dans tous les cas, cette sexualité pour moi est mieux qu’avec les hommes. J’ai d’autres sensations qu’un homme ne peut pas me donner.

Aristide Ouédraogo

San Finna du 14 juillet 2008