Saint-Louis du Sénégal (3)

C’est dans la salle carrée de son restaurant, aux murs blancs et haute de plafond avec des tables disposées en rectangle, comme avant un banquet que je retrouve Fouzia. Elle laisse quelques instructions à son aide cuisinière avant de venir me rejoindre. Elle même vêtue de blanc, elle est originaire de Fès au Maroc. Arrivée à Dakar en 1991 à l’âge de 25 ans, après s’être liée d’amitié avec des étudiants sénégalais, elle voulait connaître d’autres lieux, elle qui n’avait jamais quitté le Maroc et ces amis étudiants lui ont donné l’envie de partir plus au sud, dans un pays dont elle ne connaissait rien. Engagée en tant que secrétaire par l’Union du Progrès Islamique, elle reconnaît que les six premiers mois ont été difficiles car si, tout de suite, elle s’est sentie aimée des gens, la vie dans la capitale ne lui convenait pas. Elle voulait retrouver une ville de taille moyenne, Saint Louis semblait tout indiqué. Elle s’y installe en 1993 et trouve un travail de secrétariat au sein d’une imprimerie. Deux ans plus tard, elle se marie avec un peul Arouna Sow, qui gère avec deux amis l’Auberge de jeunesse de l’Atlantide.

Un saut dans l’inconnu

Puis, en 1998, le saut dans l’inconnu, l’envie de " faire ce qui me plaît vraiment, la cuisine ". Naît alors " El Falah ", qui veut dire la réussite en arabe. Au début simple snack, il est devenu le seul restaurant marocain de la ville, là où l’on peut manger couscous, tagines, méchouis... Et Fouzia, dans cette ville qui l’a adoptée, rêve de retrouver un passé où fonctionnait une liaison maritime entre Dakar et Casablanca, où les marocains étaient nombreux à Saint Louis, un temps où épiceries et boutiques de produits marocains foisonnaient,. Il ne reste aujourd’hui qu’une dizaine de marocains sur l’île, tous les autres sont désormais à Dakar et Saint Louis semble avoir perdu sa place de première halte entre le monde arabe et l’Afrique noire. Fouzia se veut en quelque sorte l’héritière de ce passé, entre deux cultures. Elle rentre chaque année au pays, pour les vacances, sa première fille, Iman, est née ici, Maria, la deuxième, à Fès l’an passé. Elle aime la ville de Saint Louis, la douceur de son climat et de ses habitants, la fait aimer à sa famille quand celle-ci lui rend visite et se sent bien dans cet environnement qui laisse plus de liberté à la femme.

Un nouveau chez-soi

Elle ne se voit plus aller ailleurs, son frère lui a proposé de venir le rejoindre en France mais elle a refusé, le travail de la restauration, le contact avec les clients lui plaisent ... C’est le soir du Réveillon qu’elle a appris par un client de passage que son établissement était cité dans un guide touristique sur le Sénégal : sa première réussite, la première marque de reconnaissance de son travail, une reconnaissance qu’elle n’attendait pas si tôt. Son mari lui envoie des clients, et réciproquement. Au mois de juin, elle a organisé une soirée marocaine : une quarantaine de personnes sont venues, sénégalais, français, touristes de passage, il lui a fallu trois jours afin de tout préparer, entrées, tagine de poulet, pâtisseries... Elle espère renouveler cette expérience avant la fin de l’année et rendre ce rendez-vous régulier.

Un elexire d’amour

Alors, on ne peut que conseiller à ceux qui passeront par Saint Louis et, qui, venant du sud, fatigués du poulet yassa et autre mafé, ouet à ceux qui en provenance du nord veulent retrouver le thé à la menthe après leur traversée du désert, de venir déguster sur des petites tables basses ce que Fouzia sait faire. Elle viendra sans doute vous saluer, cherchant à faire de son restaurant un lieu de rencontres et d’échanges. On peut dire que çà fonctionne car, m’a-t-elle dit, deux personnes qui s’étaient rencontrées ici, ont décidé, dix jours plus tard de se marier. La menthe qu’elle met dans son thé aurait-elle des vertus magiques ?...

El Falah
Au croisement de la rue Bouflers et de la rue Blaise Diagne
Tél. : (221) 961 56 94
Courriel : sowo@voila.fr

Thomas Fourrey