Nos Us : Mariages bozo et somono : la modestie est le maître mot

Les gens du fleuve célèbrent les unions sans grands fastes. Mais le mari et l’épouse ont tous des tests à passer pour faire la preuve de leur capacité à assumer leurs devoirs dans la vie conjugale.

Le Mali est un pays multi-ethnique. Chaque ethnie garde jalousement ses rites et traditions.
C’est le cas des Bozos comme des Sonomos, des peuples vivant au bord du fleuve Niger. Vivant essentiellement de la pêche, ils sont considérés comme "les maîtres du fleuve". Communément appelé "Balamôgo" (les habitants du fleuves en bambara), Bozos et Somonos ont pour la plupart conservé les coutumes de leurs groupes d’origine avant d’adopter finalement les règles coraniques. Les deux ethnies partagent des rites en ce qui concerne le mariage.

La corde au pied
Le mariage est un sacrement. On considère que les conjoints se choisissent et se marient par amour. Cette notion n’est pas évidente partout. De nombreuses traditions montrent que le mariage n’est pas perçu de la même façon selon les époques, les civilisations et les ethnies. La notion de sentiment amoureux à la base de l’union a une assise culturelle récente. Ce n’est que depuis le début du siècle que l’amour entre les deux partenaires est devenu l’un des critères de constitution du couple, un des éléments fondateurs. Avant, les critères étaient essentiellement socioculturels et économiques.

Ainsi, chez les Somonos comme chez les Bozos, le mariage est une alliance entre deux familles initialement liées par une parenté. La petite fille, dès le jour de la naissance, devient la fiancée d’un de ses cousins. Selon la vieille Djénéba Dijré, depuis le jour de la naissance d’une fille dans la cour, les tantes paternelles accourent pour aller voir le nouveau-né. L’enfant est particulièrement apprécié si sa maman est une épouse modèle. La première tante qui arrive sur les lieux de l’accouchement, attache un morceau de pagne au pied de l’enfant. Une fois la corde attachée, elle court informer son époux qui prend des dispositions pour le baptême.

Le jour du baptême, cette tante apporte des présents plus importants que les autres. De ce jour, jusqu’à ce que la fille atteigne un certain âge, la tante apporte à l’occasion des fêtes, pagnes et savons. A 12 ans, la petite fille apprend qui est son mari. A partir de ce jour, elle apprend donc à connaître son mari et sa belle famille.

Pendant les cérémonies de réjouissance sociale, la petite fille vient aider sa belle-mère dans les travaux ménagers. Son fiancé doit envoyer des gros poissons à ses beaux parents, en plus des dons obligatoires, cela jusqu’au mariage.

Après les cérémonies de circoncision collective entre 18 et 20 ans pour les jeunes garçons, le fiancé affiche donc l’intention de se marier. Il va voir les frères de son père pour les informer son intention. On envoie un émissaire, un marabout ou un homme de caste aux pères de la fille (tous des frères et soeurs du père). Après l’entrevue avec les pères de la fille, ceux-ci l’envoient chez les mères de la fille (la mère et ses frères et soeurs). Ainsi, les pères et les mères se consultent pour décider de confirmer la main de leur fille. Les deux familles se rencontrent après pour conclure l’union. La procédure de mariage diffère selon qu’il s’agit d’une jeune fille ou d’une femme déjà mariée et divorcée.

Des épreuves a passer
Le jour du mariage est fixé un jeudi soir. Le choix du jour est laissé au soin des anciens. Les mariages chez les Somonos sont célébrés en général le 27è jour du mois de Ramadan. Il faut noter que contrairement à certaines ethnies, les mariages des "Balamôgo" sont très modestes et très simples. La nouvelle mariée est coiffée par sa coiffeuse attitrée. Car, depuis le jour de la naissance, la jeune fille sonomo est coiffée par une seule coiffeuse jusqu’au jour de son mariage. Cette coiffure conformément à la tradition est composée de quatre tranches avec trois cauris.

Chaque tranche a une signification particulière. Selon l’octogénaire, la vie de la femme tourne autour de quatre maisons (excision, nuptiale, baptême et la veuvage). Les trois cauris représentent les composantes qui accompagnent la vie de la femme (respect, patience et courage).

Pendant la journée du jeudi, le fiancé reste chez ces parents dans sa chambre d’isolement prénuptiale dans la maison paternelle. Avec toutes les jeunes filles de sa classe d’âge, elle passe la journée à festoyer et à chanter les chants préparatoires à la nuptialité. En la circonstance, le fiancé peut également inviter sa classe d’âge pour une semaine de festin. Le jeudi soir aux environs de 20 heures, la fille est proprement lavée par une de ces tantes qui lui enseigne les astuces d’un mariage réussi. Après, elle vient prendre les bénédictions des parents avant de porter les habits de mariage. On notera que la mariée est conseillée par toutes les femmes de la famille.

Ensuite, la nouvelle mariée est cachée. Les amis du mari qui viennent chercher l’épouse doivent donc passer des épreuves pour montrer leur bravoure. On montre donc un enfant et on demande aux amis du mari d’apporter un poisson qui a la même taille. Ils doivent faire la preuve de leur capacité à pêcher des poissons pour subvenir aux besoins de la famille. Pour relever le défi, les jeunes gens se font aider par les vieux qui gardent jalousement les secrets du fleuve. Certains apportent un hippopotame ou un lamantin comme cadeau à la mariée. Juste pour montrer qu’ils détiennent des connaissances mystiques. Cette épreuve tient lieu de dot. Chez les Bozos et les Somonos, on ne paie pas formellement la dot en espèces sonnantes et trébuchantes.

La nouvelle mariée est donc remis à la famille de son époux. Après une semaine de festivités, toutes les femmes sont invitées chez les mariés pour présenter les cadeaux offerts à la mariée par son mari et les deux familles surtout les "mères" de la fille. Le grand panier de cadeaux est d’abord présenté aux vieilles femmes qui présenteront à la foule des femmes tous les bijoux en or et en argent. Il comptera ensuite les calebasses, les savons, les pagnes, etc.

Le lendemain du mariage, la nouvelle mariée est donc invitée à préparer le poisson pour son époux et ses amis. Cette cérémonie est très importante car la jeune fille doit montrer qu’elle est capable de préparer même les oeufs de poissons. Elle doit faire la preuve qu’elle maîtrise l’art cuisinière bozo et sonomo. Réussi ce test, la vie conjugale commence jour le jeune couple qui continuera à apprendre aux côtés des parents.

Doussou Djiré

Essor du 29 août 2008

Nos Us : Mariages bozo et somono : la modestie est le maître mot vendredi 29 août 2008.