Gisèle Hountondji, première romancière béninoise

Cette Femme de lettres béninoise est née en 1954 à Cotonou. Fille d’inspecteur des Chemins de fer, elle a été élevée par sa tante paternelle. Après le Cours Secondaire Sainte Jeanne d’Arc à Abomey, elle s’inscrit à la Sorbonne à 18 ans. Interprête de conférence, licenciée en anglais, Gisèle Hountondji s’est installée à Cotonou depuis 1984. Elle est auteure d’un roman "Une Citronnelle dans la neige" édité à Lomé par NEA en1986 ainsi que de nombreux articles sur la condition des femmes et sur la vie de ses compatriotes parus dans des journaux béninois. Camille Amouro, un autre auteur du Bénin rend hommage à son efficacité et à sa discrétion...

Pour Gisèle Hountondji

On parle beaucoup d’axes en ce moment. Axe du Bien. Axe du Mal. Et Carter pense que la guerre, c’est le mal. La caractérisation par Carter d’un type d’actions par opposition à un type de personnages a le mérite de la clarté. Et pourtant, Carter est tout aussi américain que Bush. Quand nous parlons d’autoréférencialité, il peut paraître singulier que Huenumadji Afan cite à chaque chronique Etiemble ou que, malgré l’âge, je m’accroche à Rimbaud, si ce n’est Léo Ferré ou Edouard Hall. La vérité est que l’autoréférencialité n’est pas et ne peut pas être un racisme. La référence en soi est la reconnaissance de sa propre histoire en tant que synthèse de multitudes d’informations dont certaines sont positives au regard du chemin que nous nous traçons. D’autres sont carrément crétines. Et, en l’occurrence, on peut bien être africain et crétin.

Ton combat pour l’Afrique et pour la femme, c’est exactement de cette manière que je le ressens. Ton combat, c’est d’abord toi même. C’est cette façon que tu as d’être et qui malheureusement te singularise, car combien de choses seraient simples s’il y en avait des nombres comme toi ? Entreprendre là où cela s’avère nécessaire. Soutenir quand c’est déjà. Et continuer d’exister sans ne viser aucun exhibitionnisme, sans même rougir de ce que son action, si grandiose, est encore infime au regard de ce qui reste à faire ! Et demeurer Africain. Et demeurer Femme. C’est tellement toi qu’il me semble impossible de trouver des mots pour le dire.

Si personne ne reconnaissait ton combat, il aurait existé quand même. Mais il est reconnu au point où des minables se battront pour que tu restes à l’ombre. Souviens-toi, ils se battaient déjà alors que tu apparaissais à peine. Mais l’éclat de ce que tu fais briller a toujours dépassé les commodités des milieux cultureux et de la négraillerie. L’éclat de ce que tu fais briller me fait respirer en silence. Une certaine Afrique dans laquelle je me reconnais te rend hommage, Gisèle.

Camille Amouro - 2002