Sokona Tounkara, infographiste malienne

Née il y a 25 ans à Paris de parents maliens, Sokona Tounkara, une sympathique infographiste, est venue s’installer depuis bientôt un an au Mali.

Le sourire facile, l’accent bien à la « toubabou » (française), Sokona nous a confié quelques petites bribes de sa vie.

Sokona marie bien infographie, musique et chant. Elle donne l’impression que bouger, découvrir de nouvelles choses est vital pour elle. Elle a le goût du risque.

Jusqu’à 18 ans, elle vivra à Paris. C’est alors que son petit côté nomade la poussera à quitter la grisaille parisienne pour découvrir de nouveaux horizons. Sa vie durant quelques années, sera illuminée par le soleil des Iles Comores puis Mayotte, lui rappelant quelque peu la chaleur de son pays d’origine, le Mali.

Son DEUG d’histoire en poche, ne se sentant point de vocation pour l’enseignement, Sokona quitte Mayotte. Nouvelle destination, l’Ile de la Réunion. Là-bas, elle fréquente l’Institut de l’Image de l’Océan Indien. Bien qu’ayant étudié dans le son, à force de se trouver dans le milieu des infographistes, une nouvelle passion se réveille en elle : l’infographie. Elle s’y adonne avec une telle force, un tel engouement, que de là, naîtra son métier.

L’infographie ayant trait à tout ce qui est création graphique par ordinateur et touchant les domaine tels que l’édition de livres, journaux, internet...., Sokona a travaillé pour Nathan, Humbleark. Montages pour dessins animés et films, logos, disques, pochettes de disque, presse book...constituent les éléments sur lesquels elle travaille régulièrement.

Lorsque avec une note de tristesse, elle pense à ses deux parents décédés en France, Sokona dit : « En revenant ici au Mali, c’est ma façon de leur rendre hommage ». Revenir au Mali représentait comme un devoir de reconnaissance pour elle : « Je me sentais redevable envers mes parents qui se sont sacrifiés toute leur vie, afin de nous donner un minimum de bien-être et d’éducation à nous, leurs enfants. Pour cela, ils ont quitté leurs pays, le Mali, pour venir en France. »

Au début, son insertion sociale n’a pas toujours été facile, car pour Sokona : « Ici, on me considère comme une « toubabou » (blanche), puisque j’ai longtemps vécu en Europe. Mais constatant que ce n’était point méchant, la gentillesse et l’ouverture dont ont également fait montre sa famille, lui ont vite fait oublier cette fausse note.

Pour le moment, Sokona n’a décroché aucun gros contrat au Mali, mais ne désespère pas :« Je ne suis point découragée, au contraire, car je viens de commencer. J’ai confiance en l’avenir du Mali. J’ai été étonnée de voir, que pas mal de petites structures bien organisées essaient de faire avancer les choses en se servant de l’infographie. Cependant, le clientélisme est très présent au Mali ». N’attendant pas le contrat du siècle, elle a décidé de prendre le taureau par les cornes, en travaillant sur fonds propre, sur un projet de conte sonore.

L’occident est synonyme d’eldorado pour beaucoup de jeunes maliens. Sortir pour tenter sa chance à l’extérieur n’est pas primordial pour Sokona : « l’avenir du pays est ici et non pas à l’extérieur. Je donne comme conseil aux jeunes, qui m’abordent pour savoir comment est la vie en Europe, de rester ici pour qu’ensemble, nous construisions le pays. Car l’avenir du pays, c’est nous la jeunesse, et je suis là pour bâtir mon pays. Je crois beaucoup en l’avenir du Mali ».

Sokona a empreinté le chemin contraire. Ayant toujours vécu en Occident, elle a décidé de venir tenter sa chance dans un pays en développement, son pays : le Mali. Et voir des jeunes comme Sokona, croire en leur pays, en notre pays, fait sincèrement chaud au cœur et donne espoir pour l’avenir de la jeunesse malienne.

SND - 2003