Kadiatou Coulibaly, auteur Jeunesse

Etudiante en économie à la FSJE, Kadiatou Coulibaly s’est très tôt essayée à l’écriture. C’est à l’âge de 14 ans qu’elle écrit les premiers textes de son livre " Maïssa ", un recueil de récits inspirés du terroir. Amoureuse des lettres, Kadiatou collabore depuis plusieurs années aux Editions La Sahélienne. Elle est actuellement assistante au Festival International du livre " Etonnants Voyageurs ", ce qui lui donnera l’occasion de rencontrer de nombreux écrivains parmi les plus célèbres. Elle nous livre dans cet entretien son avis sur l’écriture, la polygamie, la politique, le rôle des femmes dans la société malienne.

Comment êtes-vous arrivée à l’écriture ?
L’écriture pour moi procède d’un besoin de s’exprimer ; c’est une manière de transmettre ses idées, de les partager avec le lecteur.

Dans quelles conditions avez-vous écrit votre premier texte ?
Kadiatou : Il est particulièrement difficile d’écrire à Bamako. En fait mon premier texte je l’ai écrit à Kangaba. J’y étais en caravane (vacances et découverte). Pendant une visite guidée on nous a parlé de la fameuse Case sacrée de Kanagaba, des mystérieux habitants d’une roche... Les histoires étaient très belles et sortaient de l’ordinaire. J’étais si émerveillée et tellement impressionnée que j’avais envie de les raconter moi aussi. Seulement je ne pouvais pas réunir tout le monde en même temps pour cela. Je me suis donc mise à écrire. En rentrant à Bamako j’avais un carnet assez rempli pour faire un livre.

Quel est le titre de votre livre ?
Il s’appelle Maïssa et autres récits. Comme le titre l’indique, il s’agit donc d’un recueil de récits tirés du terroir.

Considérez-vous l’écriture comme une forme de parole puisque les femmes ont rarement l’occasion de parler au Mali ?
Au Mali, je ne sais pas si le problème c’est donner la parole à la femme ou si c’est de lui donner l’occasion d’exprimer le fond de sa pensée sur les questions qui l’intéressent en tant que femme. En tous les cas en écrivant, on a moins de pression et plus d’assurance que dans la vie courante. On est ainsi à l’abri des regards et des critiques incessantes qui ne visent qu’à enfermer la femme et l’empêcher de s’épanouir.

Avez-vous cessé d’écrire ?
J’ai actuellement un texte que j’aimerais bien terminer. Il s’agit d’un roman dans lequel je parle de ma mère. Mais j’aimerais aussi écrire sur la pauvreté sous toutes ses formes, sur l’injustice...

Quels sont las auteurs maliens qui vous ont marquée ? Qu’avez-vous tiré de leurs textes ?
J’ai été très impressionnée par Amadou Hampaté Bâ, particulièrement ses détails fins, sa mémoire extraordinaire et son humour unique dans son genre notamment dans L’Etrange destin de Wangrin. J’ai aimé aussi Moussa Bissan. J’estime qu’il a un style particulièrement bien travaillé qui lui fait trouver les mots les plus justes pour exprimer le fond de sa pensée.

Comment concevez-vous la vie en couple ? Le mari est-il le " chef " pour vous ?
La vie en couple pour moi c’est donner, recevoir et partager. Oui le mari est le " chef ", c’est à dire le premier responsable ; mais c’est surtout celui qui sait écouter la femme pour prendre des décisions concernant la famille. Etre le chef ne signifie pas donner des ordres à exécuter à la lettre en considérant les autres comme de simples figurants dans la famille.

Qu’est-ce que vous aimeriez changer dans la société malienne ?
Kadiatou : Les mentalités. Notre société ne permet pas de prendre des initiatives. Cela est encore pire quand il s’agit des femmes. On est tellement attaché aux traditions et coutumes que toute tentative pour s’affirmer est vite assimilée à une rébellion. En plus, beaucoup de gens attendent tout des autres et ne se donnent pas toujours la peine de faire quelque chose pour eux-mêmes.

Que ferez-vous plus tard dans la vie ?
Franchement j’ai tellement envie de faire plein de choses dans la vie que je ne m’impose pas un choix. Ce sera là où je m’épanouirai.

Quel appel avez-vous à lancer aux jeunes filles si elles veulent se libérer des pesanteurs sociales ?
De ne pas se résigner à accepter passivement ce que la société leur impose. L’intégration sociale ne doit pas se faire au détriment de l’épanouissement individuel. Il faut que les femmes apprennent à se battre comme le font les hommes. Elles pourront ainsi revaloriser leur statut social et jouer un rôle plus important dans le foyer. La femme doit contribuer au budget familial comme l’homme, prendre en charge certaines dépenses. Cela aiderait à éviter beaucoup de dissensions liées à l’argent.

Qu’est-ce que les femmes peuvent apporter à la politique au Mali ?
Les femmes et la politique, cela ne m’enchante pas du tout. Ici les femmes copient les hommes mais elles le font si mal qu’elles en perdent leur personnalité. La femme doit être capable d’apporter sa sensibilité pour aborder autrement les problèmes sociaux.

Que pensez-vous de la polygamie ?
Franchement c’est inhumain de demander à deux, trois ou quatre femmes de partager un homme. Elles sont si préoccupées à se nuire les unes aux autres qu’il est pratiquement impossible d’instaurer un quelconque climat de compréhension. Le résultat est que les enfants sont élevés dans une atmosphère de haine et de rivalités monstrueuses qui ont des conséquences sociales très graves.

Propos recueillis par Ousmane THIÉNY
07/03/03

Kadiatou Coulibaly