De mendiante à teinturière, un grand pas franchi par Fatoumata Kané

La mendicité est une conséquence directe de la paupérisation de la population et de l’effritement des solidarités. Elle fait tous les jours de plus en plus d’adeptes dans les pays dits "en voie de développement" dont le Mali.

On dénombre, à en croire les statistiques, près de 20 milles mendiants pour la seule ville de Bamako. Parmi cette frange de la société se trouvent des hommes et des femmes qui n’attendent qu’un brin de solidarité pour sortir de cet état.
Fatoumata Kané, ex mendiante, se retrouve aujourd’hui teinturière avec l’aide de la comalum, une ONG qui s’investit bénévolement dans la lutte contre la mendicité. Cette organisation a à son actif 30 enfants de mendiants scolarisés et 25 femmes mendiantes formées en teinture artisanale dont le suivi est assuré par ses agents, de façon mensuel sur une période de deux ans.

Agée de 30 ans, Fatoumata Kané est originaire de Négéla où elle a vécu jusqu’au décès du dernier membre de sa famille. Abandonnée alors à elle même et vivant de la générosité des voisins et amis, la jeune fille alors en 4ème année quitta définitivement les bancs de l’école pour épouser le premier homme qui lui en fit la demande. Ce mariage étant pour elle synonyme de sécurité. Une fois les noces faites, elle suit son époux dans la capitale, où, sans être riche, il subvient au besoin de son foyer. Laissons la parole à Fatoumata Kané qui a bien voulu répondre à quelques questions :

Comment vous-êtes vous retrouvée dans la mendicité ?

Le malheur n’arrivant jamais seul, j’ai également perdu mon mari, paix à son âme. Il était mon seul soutien. Je me suis donc retrouvée à la rue du jour au lendemain. Il ne me restait plus qu’à mendier pour nous nourrir, mon enfant et moi-même.

Aujourd’hui vous êtes teinturière, expliquez-nous ce changement.

j’étais mendiante jusqu’au jour où j’ai rencontré un agent de la Comalum qui disait qu’il voulait m’aider à sortir de cette léthargie. Il m’expliqua qu’il était membre d’une organisation qui s’occupe des mendiants. Il m’a amené faire une formation de 3 mois en teinture pendant lesquels mon enfant et moi-même étions pris en charge.

Combien peut gagner un mendiant par jour à Bamako ?

Cela dépend, comme je l’ai dit même si tu vas au fleuve Djoliba "tu ne boiras que ta chance". Mais ce gain journalier peut se situer entre 2500 et 3500 FCFA. Je tiens à souligner que si un mendiant gagne 5000 FCFA, il aura perdu bien plus en dignité.

Combien gagnez-vous dans la teinture, sachant que la meilleure qualité de teinture nécessite des dépenses ?

Oui. Il est vrai que la teinture engage des dépenses comme l’achat de colorants, de l’amidon, du bois de chauffe. Mais je prends l’exemple de tremper une pièce de Bazin de 6 m en couleur unique, ce qui fait 6000 FCFA à raison de 1000 F par mètre (somme payée par le client) ; il faut 1250F de colorant, 50 F pour l’amidon, 200 F pour le bois de chauffe ; cela fait 1500 F de dépenses. Il faut ensuite donner les boubous au "batteur" (repasseur traditionnel). Après calcul on a bien 4000 F de recettes nettes. Imaginez-vous les dépenses nécessaires pour teindre 5 pièces en sachant que les clientes ne payent aucune avance.

Comment vivez-vous actuellement ?

Dignement en exerçant mon métier de teinturière. Mais vous savez qu’il y a des périodes où ce métier ne paye pas, alors je fais du porte à porte pour laver le linge afin de subvenir aux besoins essentiels de ma petite famille.

Vous nous disiez à l’instant que vous gagnez à peu près 4000 F par boubou, alors pourqoui faire encore la lavandière ?

Oui. La teinture paye bien, mais seulement, il faut avoir une clientèle conséquente et constante. Et puis c’est à l’approche des fêtes et certaines cérémonies que la teinture marche fort. C’est pendant la saison morte que je suis obligée de faire la lavandière pour joindre les deux bouts.

Aujourd’hui quel appel avez-vous à lancer aux autres mendiantes ?

Vous savez, je classe les mendiantes en 2 catégories. Les personnes qui souffrent d’une invalidité les empêchant de travailler et les personnes qui par manque de soutien social et par manque de qualifications s’adonnent à la mendicité.
Pour la deuxième catégorie, je les exhorte à accepter d’arrêter ce fait qui d’ailleurs n’honore pas mais aussi pour une femme, rester dans la rue peut engendrer beaucoup de chose comme l’insécurité, les abus sexuels et j’en passe. Il n’y a pas que la teinture que les mendiantes peuvent faire, il y a aussi la lavanderie, la couture,... pourvu que les autorités accordent une importance à l’insertion socio-économique des mendiantes.
Aujourd’hui, je suis heureuse car je suis à nouveau fière de moi-même. Mais je ne saurais terminer cet entretien sans souhaiter longue vie à la Comalum et la remercier du soutien qu’elle m’a apporté.


ONG-COMALUM : ONG agrée par le gouvernement du Mali selon l’accord cadre n° 1101 du 16 Mars 1999. Siège Immeuble Nimagala 3e etage Porte 276 BP E 2312 Bamako-Mali