Violences conjugales

Trois femmes de conditions sociales différentes livrent leurs opinions sur la violence au foyer : Madame Sanaba T. vendeuse au marché , Madame O. Kanté, femme au foyer (ménagère) et Madame B. Samaké, agent commercial.

La violence conjugale est-elle une réalité chez nous ?

Sanaba T. : Ah ! (rires). C’est la pure vérité. A mon avis toutes les femmes ont été au moins une fois battues par leurs maris...

Il doit bien exister des femmes qui ne sont pas battues, non ?

Sanaba T. : Peut-être des femmes instruites ou des femmes fonctionnaires qui font peur à leur mari sinon c’est difficile ( rires).

Qu’est-ce qui fait que les femmes sont battues par les maris ?

Sanaba T.:Il y a plusieurs raisons. Certains hommes sont jaloux et frappent leurs femmes tout le temps ; d’autres frappent la femme quand celle-ci réclame le prix de condiments qu’ils n’arrivent pas à donner régulièrement (rires). Est-ce la faute de la femme ? Il y a aussi des hommes qui frappent leurs femmes quand ils ne les aiment plus et qu’ils en ont épousé une nouvelle. Des hommes s’enivrent et viennent battre leurs femmes sans raison. Il faut dire la vérité, les femmes sont trop fatiguées chez nous.

Est-il juste que les hommes battent les femmes ?

Sanaba T. : Ah !... (silence et rires). La femme appartient à l’homme. C’est ce que Dieu a dit. Mais il y a des hommes qui considèrent la femme comme un animal. Pour moi l’homme doit respecter sa femme qui lui fait tout et lui donne une descendance.

Il y a des femmes qui battent leurs maris...

Sanaba T. : Celles-là sont maudites et leurs enfants seront maudits aussi. Dieu n’aime pas ça !

Penserez-vous à convoquer votre mari devant la justice s’il vous frappait et vous blessait ?

Sanaba T. : Pourquoi ? Cela revient à déshonorer mon mari, ses enfants et moi-même. Comment une seule femme peut résoudre le problème de toutes les autres femmes ? Il faut simplement faire ce que l’homme veut pour éviter les disputes et les querelles. Si l’homme frappe sa femme tout le temps, celle-ci peut décider de retourner chez ses parents en attendant qu’il se calme. C’est tout ce qu’on peut faire.

Que pensez-vous des femmes qui convoquent leurs maris devant le juge ?

Sanaba T. : Ce sont les femmes instruites qui font cela. Celles-ci n’ont pas peur des hommes et n’ont pas peur du divorce.

Est-ce à cause de la polygamie qu’il y a des violences contre les femmes ?

Sanaba T. : C’est vrai qu’il y a tout le temps des problèmes quand un homme a plusieurs femmes. C’est toujours à cause des enfants. Mais il y a aussi des femmes seules avec leur mari qui ont beaucoup de problèmes. Si on a la chance, grâce à Dieu, de tomber sur un bon mari, on a moins de problèmes, sinon c’est très difficile.

Votre mari a combien de femmes ?

Sanaba T. : (Rires). Nous sommes trois. Pour le moment !... (gros éclats de rires).

Avez-vous subi des violences corporelles venant de votre mari ?

O. Kanté : (Fièrement) Jamais !

Comment expliquez-vous cela ?

O. Kanté : Bon... (embarrassée). Mon mari n’est pas violent. Et puis je sais ce qui ne lui plaît pas. Je le respecte et il me respecte. C’est tout. Et puis c’est mon cousin.

C’est peut-être à cause de cela ?

O. Kanté : C’est possible. Mais je ne fais rien de grave.

Comment jugez-vous les hommes qui frappent les femmes ?

O. Kanté : Pour moi c’est honteux. Chercher une femme en mariage, aller chez le maire devant tout le monde, avoir des enfants avec elle et la frapper est vraiment irréfléchi. Et puis tout le monde sait que l’homme est plus fort que la femme. Si les hommes parlaient plus à leurs femmes et essayaient de les comprendre, il y aurait moins de problèmes. Beaucoup d’hommes ignorent que les femmes ont leurs problèmes que les hommes ne peuvent pas comprendre. Ce sont des êtres humains comme tout le monde, je veux dire comme les hommes. Parfois elles sont contentes, parfois elles sont tristes à cause des enfants ou des parents. Mais les hommes pensent que les femmes veulent être leurs égales...

Elles ne le sont pas ?

O. Kanté : Vous le savez bien, vous même ! Ce n’est pas possible. Tant que c’est l’homme qui paye la dot et prend en charge la femme ; tant que ce sont les femmes qui quittent leurs parents pour habiter chez l’homme, ils ne seront jamais égaux. Il ne faut pas oublier que les enfants portent le nom de l’homme !

On dit que certaines femmes aiment être frappées par leur mari...

O. Kanté : Je crois qu’elles sont malades car même les animaux ont peur d’être battus...

Des hommes insultent grossièrement leur femme...

O. Kanté : Ça c’est honteux. Je pense qu’il s’agit d’hommes qui ne se respectent pas eux-mêmes et qui ne méritent pas d’avoir une femme. Si on insulte sa femme, surtout devant les enfants, c’est toute la famille qui est humiliée. D’ailleurs certains parents poussaient leur fille au divorce à cause de certaines grossièretés des hommes.

Pensez-vous que les femmes sont protégées chez nous ?

O. Kanté : Autrefois, c’est toute la famille qui était derrière la fille qu’on donnait en mariage si elle se comportait honorablement chez son mari. On n’hésitait pas à rappeler la fille à la maison de son père si elle était maltraitée. Son mari devait venir la chercher en présentant des excuses. Ensuite les parents de l’homme protégeaient aussi la fille car ils se disaient que leurs propres filles étaient dans d’autres familles. Maintenant, les mariages se passent autrement car les mariés ne veulent pas que les parents interviennent quand il y a des problèmes. C’est pourquoi les femmes souffrent beaucoup car les hommes sont toujours les gagnants. Je pense que les femmes ne connaissent pas leurs droits. Ça aussi c’est un problème.

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Quelles sont les conséquences des violences conjugales sur les enfants ?

B. Samaké : C’est très grave. Généralement les enfants haïssent leur père quand il s’attaque à leur mère. C’est possible qu’ils ne le respectent même plus. Tout cela est très mauvais pour la famille car les voisins sont au courant de tout et vont le raconter partout. Les enfants peuvent ne pas réussir dans la vie si les parents se disputent ou se battent tout le temps.

Les violences sur les femmes sont souvent dues aux femmes elles-mêmes...

B. Samaké : C’est vrai. Mais s’il y a plusieurs femmes dans la maison, à qui la faute ? En général ce sont les hommes qui provoquent les querelles entre les femmes. Ils ne traitent pas leurs femmes de la même manière. Parfois ils ont des maîtresses qu’ils ne cachent même pas et celles-ci osent provoquer leurs femmes en public. Quand l’homme épouse finalement de telles femmes, il y aura toujours des problèmes.

Pensez-vous que les violences pourront diminuer un jour ?

B. Samaké : Oui. Si on ne met plus les femmes et les hommes ensemble ! (rires)

Propos recueillis par Ousmane THIÉNY