Homosexualité

Toujours dans le cadre de la réflexion sur les tabous de notre société, ce mois-ci Musow donne la parole, sur le thème de l’homosexualité, à Madame Kanté, une enseignante de 40 ans. Ses réflexions nous montrent la complexité des problèmes sociaux en Afrique où la tradition est encore très vivace. Cependant, elle apparait profondément préoccupée par des problèmes que connaît notre société, notamment l’éducation des enfants et la lutte contre la pauvreté.

Que pensez-vous de l’homosexualité ?

Madame KANTE : C’est une perversion. Moi je suis musulmane et je suis convaincue que Dieu a créé le monde, l’univers en donnant à chaque créature le rôle qu’il doit jouer. Ce n’est pas pour rien que Dieu a créé l’homme et la femme ; c’est pour que les deux s’aiment, donnent naissance aux enfants qui vont perpétuer l’espèce en adorant le Créateur. C’est pourquoi moi, je n’accepterai jamais que deux personnes de même sexe puisse s’aimer physiquement. Ce serait la fin du monde.

L’homosexualité existe-t-elle au Mali ?

Bon, il y a au Mali ceux qu’on appelle des " Gordjiguènes " ; ce sont des hommes qui s’habillent en femme ou qui se comportent en femme. Ils fréquentent les femmes lors des mariages, des baptêmes et font même la cuisine. Pour les femmes c’est très rare ; moi je n’en connais pas. Je pense que les rapports entre des personnes de même sexe est un comportement moderne. Je suis sûre que cela vient des pays des Blancs. Ceux-ci n’en ont pas honte. Au contraire. Il paraît même qu’ils peuvent se marier maintenant ; en tout cas ils défilent comme on a pu le voir à la télé. Ce sont des scènes de dépravation et c’est pour cela que je parle de perversion.

Existe-t-elle au Mali ?

Cela concerne des personnes qui ont perdu toute dignité, des personnes qui ont perdu leur honneur. Moi je pense qu’un vrai Malien, né dans une famille respectable ne peut pas avoir un tel comportement. Et puis certains veulent coûte que coûte imiter les Blancs même si ceux-ci se comportent comme des animaux. Ils pensent que tout ce qui vient du Blanc est bien.

Ce phénomène peut-il prendre de l’ampleur au Mali ?

Avec la télé, tout est possible maintenant ! Surtout que les enfants sont de plus en plus laissés à eux-mêmes ; ils sont mal éduqués. Chez nous, les enfants regardent tout ce qui passe à la télé même des films destinés aux adultes. Comme ils aiment imiter, tout est possible. Ils n’étudient même plus alors. Quand on ne fait rien dans la vie, on est tenté par la drogue et les problèmes sexuels. Que proposez-vous comme solution ?

Il faut contrôler la télé. Chaque société a sa culture, ses coutumes. Par exemple, chez les Blancs, ce n’est pas une honte qu’un homme et une femme s’embrassent en public ou devant les enfants. Mais chez nous, on pense que c’est mal élevé que de tenir la main de sa femme dans la rue ! Or la télé va plus loin ; on voit à longueur de journée des femmes et des hommes nus faisant l’amour. C’est pour cela que nos enfants ont de moins en moins de respect pour nous. Traditionnellement, on respecte ce qui est caché. Pourquoi on ne se promène pas nus ? Pourquoi on a installé des toilettes couvertes ? Pourquoi on ne fait pas l’amour au marché par exemple ? Parce que nous sommes des hommes et nous savons ce que veut dire la honte. Les parents qui regardent, en compagnie des enfants, des personnes faire l’amour à la télé sont simplement irresponsables.

Votre dernier mot ?

Pour moi l’évolution ou l’émancipation ne signifie pas dépravation. On peut se moderniser et respecter nos valeurs morales. Tous les hommes sont égaux mais un Noir est un Noir. Je veux dire que le Noir a sa culture propre. Chez nous le respect et la dignité sont très importants, et c’est parce que nous nous respectons que notre société est stable même si beaucoup sont pauvres. S’il n’y a plus de respect, nous courons un grand risque. D’ailleurs ça a déjà commencé ; les gens sont de moins en moins respectueux même envers les personnes âgées. Moi je crois qu’il faut essayer de sauvegarder nos valeurs morales par une bonne éducation des enfants et le refus de la dépravation.

Propos recueillis par Ousmane Konaté - 2001