Belle-mère ou coépouse ?

Quelques-unes des femmes confrontées à cet épineux problème de notre société ont bien voulu se confier à Musow.

Madame Konaté Kadi Kéita, ménagère
Moi je crois que tout individu a besoin un jour ou l’autre de s’assumer, de dire merde et de vouloir faire son propre chemin. Ce n’est pas par mimétisme que je le dis, d’ailleurs, ce n’est jamais un départ définitif car ici on finit par revenir à la famille. Par exemple, mes beaux-parents exigent de mon mari d’aller les saluer chaque matin, de moi-même de leur amener chaque dimanche mes enfants pour la journée...

Au début, je m’entendais parfaitement avec ma belle-mère qui était toujours à l’écoute du moindre de mes problèmes. Parfois, je me sentais même gâtée tant elle m’entourait de soin. Mais, plus tard, les choses ont commencé à se détériorer entre nous ; parce je suis comptable de formation et j’avais obtenu un emploi temporaire dans une société de la place.

Elle a commencé à se plaindre de mes longues et répétées absences, ensuite du fait que les nombreuses bonnes que j’ai engagées ne faisaient pas la cuisine à son goût. Un jour, elle a osé me demander de quitter mon travail car, disait-elle, "son fils avait suffisamment de moyen pour m’entretenir". Mais heureusement, mon mari lui a dit sèchement que si toute la famille mangeait toujours à sa faim, c’était grâce à mon apport qu’il appréciait sincèrement. Qu’il n’était donc pas question de m’obliger à quitter mon travail...

Mais la vieille mère n’a pas démordu : des années durant, elle renouvelait sa requête, déployant toujours un argumentaire fourni. Les avertissements de son propre mari n’y ont rien changé. Finalement, ce qui devait arriver arriva : mon mari se plia à mon vœu de quitter le domicile parental. Aujourd’hui, nous avons tous la paix.

Hadja Diabaté, ex madame Kouyaté, secrétaire de direction
Je suis aujourd’hui célibataire et mes enfants, orphelins par la faute de ma belle-mère. Mais je crois que mon mari est aussi responsable car il n’a jamais tenu un langage franc à sa sorcière de mère. Alors que nous nous entendions parfaitement mon mari, elle-même et moi, elle s’est mis un jour dans la tête qu’il lui fallait plus de petits-enfants que les trois que nous lui avons donnés.

Malgré toutes nos démarches, elle s’accrocha mordicus à cette aberration jusqu’à en convaincre son fils. Puisque mon dernier accouchement m’avait coûté une trompe, je ne pouvais plus faire d’enfant. Et comme elle le savait, elle se mit donc à harceler son fils de prendre une seconde épouse. Et cet irresponsable n’a pas pu la remettre à sa place. Au contraire, il s’est plié à sa volonté.

Moi, je n’ai pas voulu sombrer avec lui dans la traîtrise. J’ai claqué la porte. Pour finir, je voudrais apporter cette précision : ce n’est pas parce qu’elle avait envie de se voir entourée de petits-enfants que ma belle-mère nous harcelait tant, mais parce que son amie d’enfance avait une vieille fille qui n’est qu’une habituée des bars et autres lieux propres à la licence à laquelle il fallait trouver un mari. C’est le mien qui fut tout désigné pour jouer ce rôle. Il en est mort !

Veuve Hadja Fili Diakité
Je suis mère de treize enfants dont sept garçons tous mariés et pères aujourd’hui. Mon mari était un ancien combattant, un homme comme on n’en trouve plus. Il a fait la guerre d’Allemagne (la Seconde guerre mondiale), où il a gagné des médailles et des galons. Il est mort il y a quinze ans. Paix à son âme.

Quand mon mari est allé à la guerre, je suis restée au service de mes beaux-parents pendant six ans. Je n’ai jamais rechigné aux tâches ni aux invectives quotidiennes. Pire, les autres frères et sœurs de mon mari m’en imposaient à tout bout de champ. Chacun pensait que j’étais son bien propre. Aucun d’eux ne pouvait rien faire sans me solliciter. On me traitait de tous les noms.

Mais j’ai supporté tout ça, parce qu’il est dit qu’une femme soumise est toujours récompensée de son dévouement. Quoi de plus normal donc que mes belles-filles me servent avec autant de docilité ? Mais non, au contraire, elles veulent que ce soit moi qui fasse la cuisine pour elles, qui balaie chaque jour la cour de la concession, qui leur chauffe de l’eau de bain ! Ça, jamais ! Je suis une vraie Peule, moi, et je n’ai jamais failli à mes devoirs d’épouse ou de bru. Maintenant, c’est mon tour d’être servie à l’œil et au doigt !

Propos recueillis par Makan Barry