Histoire de couple : Courage ou folie ? Amour ou sorcellerie ?

Pour l’amie et la griotte de son épouse, il abandonne le domicile conjugal

Son mari l’abandonne pour une autre femme... un peu trop classique de nos jours, dira-t-on mais l’histoire prend une toute autre dimension lorsque la nouvelle élue de monsieur se trouve être l’amie, la confidente et de surcroît, la griotte de madame.

Adama Traoré et Maïmouna Traoré qui se rencontrèrent alors étudiants, sont époux depuis plus de 25 ans. Adama Traoré est cadre supérieur de son état avec de grandes responsabilités professionnelles, quant à son épouse Maïmouna Traoré, quarantaine, ne se plaint point de sa carrière.

Sous le régime conjugal de la monogamie, ils formaient avec quatre beaux enfants dont les parcours scolaires s’annoncent déjà prometteurs, une famille apparemment heureuse. Et cela jusqu’à ce que Madame Traoré fasse la connaissance de Djénèbou Camara lors d’une de ces grandioses cérémonies de mariage où chaque femme vient faire l’étalage de la richesse de ses parures et de la quantité de ses billets de banque destinés aux griottes qui chanteront les louanges des plus "généreuses" et des plus "nobles".

Ce jour là, Djénèbou Camara, qui appartient à la famille des "Founè", une sous caste des griots, encore plus versée que beaucoup d’autres dans l’art de la parole et autres secrets, fut séduite ou plutôt intéressée par la riche apparence de Maïmouna Traoré. Elle se fit alors présenter à Madame Traoré par la cousine de celle-ci. Il naquit alors une amitié qui devait s’approfondir aussi rapidement qu’elle s’était nouée. Djénèbou fréquenta la tranquille maison des Traoré et eut vite fait de se faire aimer de le monde. Maïmouna s’était ainsi trouvé une amie à laquelle elle pouvait désormais confier ses secrets les plus intimes, une fidèle griotte qui l’accompagnait à toutes les manifestations de femmes et savait mieux que toute autre chanter ses louanges. Madame Traoré avait surtout découvert une instructrice dans l’art de la conservation et de la séduction. Et puisqu’elle excellait dans cette dernière discipline, Djénèbou décida de l’appliquer à l’homme de sa nouvelle amie quand Maïmouna commis l’erreur de la faire raccompagner les soirs en voiture par son cher mari. L’opération de charme fut vite accomplie par l’experte. Monsieur Traoré qui n’offrit sans doute qu’une molle résistance aux avances de la chère dame, commença par s’attarder dehors ces fameux soirs, puis à découcher et enfin à avouer à son épouse ses relations avec Djénèbou. Même si Djénèbou Camara est une veuve avec cinq grands enfants sur le dos, Adama en devint amoureux plus qu’il ne l’avait jamais été. Pour légaliser leur relation, il imposa à sa femme, de renoncer au régime monogamique afin de lui permettre de convoler en juste noce avec sa maîtresse griotte, ce que Madame Traoré refusa catégoriquement.

Le niet de la pauvre épouse devint alors la cause de tous ses malheurs : Adama abandonna le domicile conjugal pour s’installer chez Djénèbou et entama aussitôt le projet de vente de la maison familiale. Après maintes solutions recherchées pour le retour au foyer d’Adama par les parents de la famille, les amis et Maïmouna même qui affirme que son mari a été envoûté, la malheureuse épouse n’eut d’autre alternative que de céder au chantage de son mari. Elle accepta en tout désespoir de cause d’opter pour la polygamie pour voir enfin Adama revenir à la maison.

Le dernier sacrifice de Maïmouna Traoré ne le fit pourtant pas regagner le bercail. Il passa à la mi-août devant le maire avec Djénèbou Camara et resta auprès d’elle. Adama Traoré n’a jusque là pu être sensible même aux interventions de ses propres enfants qui l’invitent à revenir à la maison et à renoncer à la vente du domicile familial.

L’étrange chef de famille affirme comme pour se justifier à des amis : " Djénèbou m’a fait découvrir des choses que je peux difficilement connaître avec une autre ... ". Comme beaucoup d’autres femmes africaines, Maïmouna Traoré est victime de sa perception de la tradition et de la religion musulmane desquelles elle tire sa pudeur et sa timidité, toutes choses qui, entre autres, expliquent pourquoi Adama, en quête de nouvelles sensations à son monotone quotidien de vie de couple, s’est laissé " envoûté " par Djénèbou Camara, la veuve griotte que la tradition dispense de bien de scrupules... Mais peut-être que l’amour reste seul responsable d’un si terrible bouleversement ?

Propos recueillis par Labass Diallo - 2001