Fadima Koné, jeune femme infectée par le VIH/Sida, témoigne à visage découvert

Fadima koné, jeune femme de 37 ans, infectée par le VIH/Sida a bien voulu témoigner à visage découvert pour Musow de ce mois-ci ; chose encore pas facile au Mali, quand on sait que de nombreux préjugés existent toujours à l’endroit de cette maladie, qui, pour beaucoup de gens, n’est qu’une maladie inventée !

Nous sommes allés interviewer, cette femme si courageuse, encore pétillante de vie, et qui, malgré sa maladie garde un très fort sens de l’humour, dans les locaux de l’Association Féminine d’aide et de soutien aux veuves et orphelins du sida (AFAS), créée le 15 août 1997.

A l’AFAS de nombreuses autres femmes comme Fadima, essayent de vivre chaque jour, " normalement " avec leur maladie.

Musow : Parlez-nous un peu de vous, s’il vous plaît ?

Fadima Koné : Je m’appelle Fadima Koné, J’ai 37 ans, je suis veuve et j’ai 4 enfants, dont une fille et trois garçons. Je n’ai jamais été à l’école et actuellement je suis infectée par le Vih/ sida, d’où ma présence ici à l’Afas.

Alors, expliquez-nous un peu votre présence ici à l’Afas ?

Je travaille ici à l’Afas. C’est une association qui lutte contre la propagation de l’infection du Vih auprès des femmes et enfants. Elle aide à promouvoir et développer la solidarité et l’entraide entre les femmes infectées par le VIH, lutte pour améliorer les conditions de vie des enfants affectés par le VIH, et défend les droits des femmes vivant avec le VIH/Sida.

Il y a quatre ans de cela, mon mari est tombé gravement malade. Suite aux analyses, on a découvert qu’il avait le sida. Peu après, il est décédé.

C’est alors qu’un voisin à nous, travaillant au CESAC, Centre de santé, d’appui et conseil aux personnes infectées et vivant avec le VIH/Sida, m’a amené faire des analyses.

Moi, je ne me sentais pas malade du tout. Cependant, le test a démontré que j’étais infectée par le virus du sida, d’où mon adhésion à l’Afas.

Quelle a été votre réaction lorsque vous avez appris que vous étiez atteinte ?

J’ai très mal réagi au début, lorsque j’ai appris que j’avais le sida. Je suis restée pendant deux jours entiers sous le choc, je n’ai pas pu fermer l’oeil.

J’ai véritablement souffert, car pour moi, personne ne pouvait être mieux portant que moi. Je pensais que cette maladie était pour les autres, et qu’elle ne m’atteindrait jamais.

J’ai été mariée à 13 ans. Je n’ai pas pu " faire la vie ", comme on dit ici (synonyme de faire les 400 coups). A 13 ans déjà, j’étais chez mon mari. Je n’ai connu que mon mari comme homme et je sais que je n’ai pas fait de bêtises. En me répétant cela, j’étais comme qui dirait soulagée de savoir que je n’avais attrapé cette maladie que dans mon mariage, chose très importante pour moi.

Car, jusqu’à présent, encore ici au Mali, les préjugés dominent, et beaucoup pensent que ce sont les filles de mauvaise vie, qui attrapent le sida. Et comme je savais que c’était mon mari qui m’avait transmis cette maladie, je vous assure, que cela m’a permis d’accepter assez facilement et vite ma maladie !

Avez-vous informé votre entourage ?

Dès que j’ai appris que j’étais infectée, je suis allée directement à la maison le dire à ma mère, puis à mes soeurs et frères, et par finir à mes enfants.

Toute ma famille est au courant de ma maladie, contrairement à certaines femmes ici à l’Afas, qui n’ont pas encore avoué à leurs proches leur maladie, par peur de rejet.

Mais Dieu merci, aucun de mes parents, ni enfants ne m’ont rejeté. Personne ne me traite en paria, ni éprouve du dégoût envers ma personne.

Quel est le programme d’une journée de Fadima Koné ?

Je pense qu’il vaut mieux sortir que de rester à la maison à ne rien faire, d’où ma décision de venir ici à l’Afas, travailler. Chaque jour, nous sommes à peu près 20 femmes infectées à venir travailler à l’Afas. Normalement, nous somme plus, mais certaines, n’ont plus la force de venir travailler tous les jours. Moi qui suis encore vigoureuse, je viens de lundi à vendredi travailler ici. Je couds des poupées, qui sont revendues par l’Association

On mange une fois par jour à l’Afas : le déjeuner. Ici à l’Afas, j’ai appris beaucoup de choses sur le sida, les difficultés rencontrées encore aujourd’hui au Mali, pour lutter contre cette pandémie.

Lorsqu’à l’Afas, de nouvelles personnes contaminées apparaissent, j’essaie moi de mon côté, comme toutes les femmes d’ici, de leur donner des conseils. Je leur parle de mon vécu, et surtout leur fait comprendre qu’attraper le VIH/Sida, n’équivaut pas à la fin du monde.

On peut être contaminé et vivre encore longtemps. J’essaie de les aider psychologiquement afin qu’elles viennent à accepter petit à petit leur sort.

Une personne contaminée ne doit ni se laisser aller, ni abattre par la maladie. Elle doit continuer à s’entretenir physiquement, à bien se laver, bien manger, et c’est plus facile comme cela, je crois.

Quelles activités meniez-vous vous avant votre maladie ?

Avant ma maladie, je faisais de la teinture et vendais mes tissus teints. Depuis que j’ai contracté le virus, chaque fois que j’attrape une petite maladie, je suis obligée de payer mes ordonnances, d’où le manque de fonds financiers actuellement chez moi. Je ne fais donc plus cela.

Comment faites-vous pour vous soigner ?

Au Cesac, il y a une pharmacie. Chaque membre possède une carte d’adhésion, qu’on achète à 500 FCFA Chaque mois, tous les membres versent 500 F cfa au Cesac. Ainsi, lorsqu’on tombe malade, même si ton médicament coûte 10.000 Fcfa, et qu’à la pharmacie du Cesac le médicament existe, on te le donne gratuitement pour te soigner.

Des actions de solidarité existent-elles entre vous ?

A l’Afas, nous avons une caisse de solidarité. Chaque mois, tous les adhérents versent 500 Fcfa dans la caisse. Lorsqu’il y a décès chez l’une d’entre nous, on lui remet : 2500 Fcfa et 5000 fcfa lorsqu’il y a mariage.

Et si jamais l’une d’entre nous, est réellement dans le besoin, nous puisons dans la caisse, soit pour acheter du lait, du savon, ou de l’eau de javel, car sous sommes souvent sujettes à des diarrhées.

Chaque vendredi, le Cesac organise un atelier culinaire. Nous sommes invitées à un très bon repas, bien vitaminé qui redonne des forces aux malades. Nous sommes à peu près 100 personnes à y aller

Avez-vous peur du regard des autres à votre endroit, lorsqu’ils vous voient entrer ici à l’Afas ?

Au début, quand j’allais au Cesac, je rasais les murs, par honte qu’on ne me voit rentrer là-bas. Mais, j’ai pris petit à petit confiance en moi et actuellement, je ne me cache plus et je franchis le pas de la porte du Cesac, ou de l’Afas, la tête bien haute ; car j’ai su que je n’étais pas seule, plus seule, et que beaucoup de personnes comme moi, étaient atteintes de cette maladie.

J’ai surtout, su faire fi des préjugés comme quoi, le sida n’attrapait que les personnes de mauvaise vie. Et comme l’union fait la force, nous les personnes infectées avons " osé " nous montrer, et sincèrement, actuellement, cela ne me dit absolument rien que l’on me voit rentrer au Cesac, ou à l’Afas, car j’ai su me mettre au dessus de tous ces préjugés.

Pour finir, quel appel avez-vous à lancer aux maliens ?

Nous les personnes infectées par le Vih, nous nous rendons souvent à l’intérieur du mali profond, dans le cadre des activités de l’Afas et du Cesac, pour aller témoigner sur le vih/sida, afin de faire prendre conscience aux populations que ce mal existe et peut taper à chaque porte.

Eh bien, lorsque certaines personnes me voient, elles trouvent le moyen de dire : " Toi, tu es grosse, tu n’as aucun bouton sur le visage, tu dois mentir. On t’a certainement payé pour que tu viennes témoigner que tu as le sida ! ".

Moi, en fait, je n’ai jamais été mince. Ici au Mali, beaucoup de personnes pensent que lorsqu’on a le sida, on doit forcément être maigre et boutonneux. Ils se trompent !

Je leur demande d’aller simplement faire les analyses de sang, pour savoir s’ils sont infectés ou pas.

Le nombre de malades s’accroît de jour en jour. Chaque fois que nous ici, nous voyons de nouveaux malades, nous avons de la peine pour eux, car nous nous disons encore un de contaminé, un de plus !

Nous déprimons, lorsqu’un malade qui par honte se cachait chez lui, ne sortait pas et lorsqu’on nous l’amène ici, au bout de deux jours, il décède. Cela nous fait vraiment très mal. Et nous ne faisons que broyer du noir les jours qui suivent.

Il faut que les choses changent ! Que les mentalités changent !

Je demande aux maliens de croire que cette maladie existe bel et bien et d’aller faire les analyses ! Et lorsque l’on se sait contaminé, on doit changer de comportement pour préserver les autres.

Je garde également espoir qu’un jour un vaccin sera trouvé contre cette maladie.

Pour finir, avec un superbe éclat de rire, Fadima Koné nous confie, qu’elle ne dirait pas non, si aujourd’hui, l’occasion se présentait à elle de se marier de nouveau.

Alors avis aux amateurs !

SND - 2003

Pour toute aide aux personnes vivant avec le VIH/Sida de l’Association AFAS , qui nécessitent notre appui :

Quartier de Niaréla, Rue 426, Porte 62 BP E 1122, Bamako /Mali e-mail : afasamas@yahoo.fr Tél : (223) 671 09 11 223) 674 76 71

Compte bancaire à la Banque of Africa 21 506 227 901-23