Mariam Konaté, contre le mariage forcé

Mariam Konaté, charmante jeune femme d’une trentaine d’années, nous raconte son histoire. Ce rire et ce sourire si faciles chez elle, malgré tous ses problèmes, lui servent de carapace. Dotée d’une grande force de caractère, lorsque Mariam prend une décision, elle s’y tient ! Lisez...

Mariam Konaté, parlez-nous un peu de vous.
Je m’appelle Mariam Konaté, j’ai trente ans, je suis " normalement mariée ", et j’ai 5 enfants, deux filles et trois garçons. En fait, ma première fille est ma nièce que j’ai élevée depuis qu’elle avait trois ans. Je travaille actuellement comme cuisinière dans une famille à Bamako.

Pourquoi dites-vous que vous êtes " normalement mariée " ?
Je dis " normalement " parce qu’en fait, j’ai quitté le domicile conjugal il y a un an et deux mois de cela, sans le consentement de mon mari. Un beau matin, j’ai attendu que mon mari sorte de la maison, et je suis partie. A part les habits que je portais sur moi, je n’ai rien pris, même pas une aiguille à lui.

Vous avez fui... ?
Oui, en quelque sorte. En fait cela fait treize ans que je suis mariée à un parent, qui avait 10 à 15 ans de plus que moi. Il avait déjà deux femmes, et je suis devenue sa troisième épouse. J’étais contre ce mariage, je n’en voulais pas, mais, j’ai finalement accepté, question de famille.

Qu’est ce qui vous a poussé à partir, puisque vous avez eu 4 enfants avec lui, il vous battait ?
Au passage, je souligne une chose importante, c’est quelqu’un qui n’a jamais levé la main sur moi, il ne m’a jamais battu.
En fait, la vérité est que mon mari est un pingre. Je ne sais même pas comment le qualifier, il est trop près de ses sous, et je le trouve très égoïste. Mon mari est un commerçant de la place qui possède beaucoup de biens. Je ne mens pas ! Je peux vous amener voir de loin, ma maison dans un quartier ici à Bamako. Je vivais dans un grand immeuble à étages lorsque j’étais chez lui. Il possède au grand marché de Bamako, des boutiques.
Je connais au moins six maisons à lui disséminées entre les différents quartiers de Bamako, qu’il a mises en location. Je sais qu’il a au moins 14 terrains non construits. Je vous dis tout cela, pour vous montrer que mon mari a les moyens, c’est quelqu’un, qui je dirai, est riche.

D’où vient alors le problème ?
Le problème est, que le père de mes enfants ne donne rien à la maison pour ses femmes et ses enfants. Tout ce qui est petits besoins de mes enfants et moi, comme acheter le savon, les chaussures, les habits, ..., mon mari ne faisait rien, mais absolument rien ni pour moi, ni pour mes coépouses.
Même les habits de fête, qui pour chaque père de famille est ici au Mali presque un devoir sacré, mon mari n’en a jamais acheté ni pour ses enfants ni pour moi. A part, le manger, il n’amène rien d’autre à la maison.

Comment est-ce possible qu’un homme avec autant de biens, ne fasse rien pour les siens ?
Eh bien, c’est incroyable non ! Mais c’est la vérité, je vous jure que je ne mens pas ! Moi, qui suis sa troisième femme, je souffrais réellement ! Mes coépouses sont passées par cette même situation, mais actuellement leurs enfants ont grandi. Leurs fils font du commerce et les aide. Donc, elles s’en sortent bien. Elles n’ont même pas besoin de l’aide de notre mari. Moi, mes enfants sont encore petits et je ne peux compter que sur moi seule pour résoudre mes problèmes. Et, voyez par rapport à mes coépouses, je suis en très mauvaise position.
Sincèrement, j’en avais marre et j’étais fatigué de l’égoïsme de cet homme. Je le trouve extrêmement égoïste, parce qu’il prêtait à gauche et à droite de l’argent aux personnes qui sollicitaient son aide pour faire du commerce, alors que nous à la maison, ils ne nous donnaient pas un rond ! Dieu seul sait si on peinait ! Ajoutez à tout cela, le fait que je n’ai jamais été pour ce mariage, j’ai donc décidé un beau matin de partir de chez mon mari, sans crier gare, pour m’en sortir seule !

Vous auriez pu travailler, non... ?
Oh, avant, jusqu’en 2002, lorsque nous étions dans un pays de la sous-région, je travaillais. Je possédais une table. Je vendais légumes et fruits et mon commerce était assez florissant. Mais, depuis notre arrivée à Bamako, Monsieur mon Mari, se juge trop important, trop grand pour me laisser vendre, alors, qu’il ne me donne pas 5 francs pour nos petits besoins. Alors, dans cette situation, comment ce mariage pouvait continuer ? Dites-le-moi ! J’ai quand même des besoins, mes enfants également ! S’il ne peut les assurer, alors, moi j’ai décidé de me prendre en charge moi-même !

Et vos enfants dans tout cela ?
Tous mes enfants, excepté ma fille et ma nièce sont chez mon mari. Ma fille est chez ma mère. En fait, depuis qu’on était rentré au Mali ici, ma fille a été confiée à ma mère. Lorsque, j’ai quitté le domicile conjugal, mon mari a essayé de la reprendre, mais ma mère avait manifesté son mécontentement et avait dit à mon mari que s’il faisait cela, ce serait la rupture entre eux. N’oubliez pas que nous sommes parents lui et moi.

Vos parents, que pensent-ils de cette situation ?
Ma mère connaît très bien ma position, je ne veux plus de ce mariage, je veux divorcer, elle me comprend. Pour moi, le fait que je sois partie signifie la rupture, la fin de ce mariage. Pour moi, il n’y a plus de mariage ! Quant à mon père, je l’évite quand je vais rendre visite à ma mère. Je fais tout pour qu’il ne me voit pas, il ne sait même pas que j’y vais, sinon il pourrait essayer de recoller les morceaux cassés, car la famille de mon mari, ne veut pas entendre parler de divorce.
Et sincèrement, là, où je suis actuellement, je ne veux plus entendre parler de ce mariage !

Comment pensez-vous que votre histoire va finir ?
Moi, je sais une chose, je ne veux plus de ce mariage, alors je veux divorcer. D’ailleurs, je me considère comme divorcée, puisque j’ai plus rien à avoir avec mon mari depuis plus d’un an. Et puisqu’il ne peut rien faire et surtout ne veut rien faire pour moi, qu’il me libère pour que je puisse subvenir à mes propres besoins et à ceux de mes enfants ! C’est très simple ce que je veux !

Votre dernier mot ?
Je demande à nos parents de ne pas forcer leurs enfants à se marier. Je leur demande de laisser les enfants choisir leurs maris ou femmes. Le mariage forcé est une très mauvaise chose, car il engendre beaucoup de problèmes. A la moindre des choses, cela pète.
Si, depuis le début, l’un des conjoints n’aime pas l’autre, le mariage sera bancal et risque de ne pas durer. Et lorsque, les hommes n’accomplissent pas leurs devoirs, surtout dans les mariages forcés, les femmes auront tendance à rechercher assez vite leur liberté. Je pense, également qu’en cas de divorce, l’homme doit laisser et les enfants en bas age et les filles à la mère, et lui, prendra avec lui, ses fils qui perpétueront son nom.

SND (25/05/2004)