Amour et fidélité

Peut-ont aimer sans souffrir ? La fidélité est-elle un gage d’avenir ? Deux questions que l’on se pose souvent ou que les autres veulent vous voir y répondre à leur place. Nous avons voulu en savoir plus en élargissant le débat à assez de personnes d’horizons différents, souvent par le biais de la correspondance électronique. Si les avis se rejoignent sur le lien entre l’amour et la souffrance, ils sont partagés sur la question de la fidélité.

Amour ! Souffrance ! Quel lien ? A la première analyse, ce qui rapproche ces deux mots, c’est qu’ils expriment des sentiments. Et c’est le lien fondamental.
Et selon nos interlocuteurs, la souffrance est partie intégrante de l’amour. « On ne peut pas aimer sans souffrir, les deux vont de paire », affirme Mme Christiane Mayélé, employée dans une société minière du Gabon. Et ce n’est pas forcément une question de génération car filles et femmes se rejoignent souvent dans leurs réponses. Ainsi, Mlle Daya Maïga (étudiante malienne à Paris), pense que « entre l’amour et la haine, il n’y a qu’une barrière. La souffrance fait partie intégrante d’une relation amoureuse ou sentimentale. Elle nous permet d’apprendre à pardonner, mais aussi de mieux agir vis-à-vis de son conjoint ou de sa compagne ».

Diénéba Coulibaly , assistante au Comité national olympique et sportif du Mali (CNOSM), essaye d’être plus convaincante.
« L’amour est la chose la plus merveilleuse qui puisse arriver à une personne. Mais, quand ça tourne mal, il se transforme en la chose la plus destructrice. Comme on dit, de l’amour à la haine il n’y a qu’un pas à franchir. Je pense qu’aimer est un mal en soit. On ne peut exister sans aimer et on ne peut pas aimer sans souffrir. C’est comme ça la vie », analyse-t-elle.

« A mon avis, on ne peut pas aimer sans souffrir. Pour connaître le vrai amour, il faut savoir souffrir. Je pense que personne ne peut aimer sans souffrir », souligne pour sa part Mlle Oumou Dili Guindo , alpiniste.
Actuellement étudiante au Canada, elle est la première femme à vaincre le plus haut sommet de l’Afrique, le Kilimandjaro.

Qu’en pensent les hommes ?
Les hommes ne sont pas forcément d’un avis contraire.
« Aimer c’est apprendre à souffrir pour l’autre. Parce que l’amour est synonyme de sacrifice. Et qui dit sacrifice, parle de renoncement donc de souffrance. La souffrance devient alors une preuve d’amour », commente Aliou Mariko, un jeune étudiant en philosophie de la Faculté des lettres, des arts et des sciences humaines (FLASH).
Quant au célèbre écrivain Ivoirien, M. Isaië Biton Koulibaly, il trouve que « l’amour est toujours souffrance car l’objet de l’amour ne peut pas répondre à cet amour. Cet amour n’est jamais l’idéal et on souffre d’avoir ses imperfections ».
N’empêche qu’il y a des voix dissonantes dans cette symphonie. C’est le cas de Néomi Monin, documentaliste au siège du Comité international olympique (CIO) à Genève (Suisse).
« L’amour n’est pas une souffrance, c’est plutôt un don », trouve-t-elle. Mais, les partisans d’une telle thèse ne sont pas très nombreux.

Un gage d’amour ?
Qu’est-ce que la fidélité dans un couple ? « Une preuve d’amour », selon Mme Christiane Mayélé.
« Oui, la fidélité est une preuve d’Amour. Dans un foyer, il faut l’Amour et la fidélité. S’il manque ses éléments dans un couple, le reste ne serait que du mensonge. C’est pourquoi il y a plein d’infirmité dans les ménages de nos jours », précise-t-elle avec une légendaire sagesse chrétienne. « Néomi Monin est de son avis car, dans ma culture, la fidélité est synonyme de respect. Je la considère donc comme une preuve d’amour ».
Notre alpiniste se joint aussi à elles.
« La fidélité est une tres grande preuve d’amour. De nos jours, c’est la fidélité qui est la clef de l’amour », pense Mlle Guindo, fille d’un diplomate du Tribunal international de justice (TPI) d’Arusha (Tanzanie). Elles bénéficient de l’expérience de Dr. Kadiatou Diallo, pédiatre à Conakry pour qui un foyer doit être bâti autour de la fidélité. Et à Mlle Daya Maïga de conclure en soulignant que « la fidélité est non seulement une preuve d’amour, mais elle est aussi et surtout une preuve de respect vis-à-vis de l’autre. Car, quand on est trompé par l’autre on se sent trahie, sale... On s’en veut et on lui en veut à mort... ».

Divergence de vue
Mais, beaucoup de nos interlocuteurs ne sont pas de cet avis. A commencer par Isaië Biton Koulibaly.
« La fidélité n’est pas forcément un gage d’amour car, ce n’est pas seulement le corps qui trompe, mais l’esprit est aussi ardent et le corps finira par se réveiller. Surtout que ce qui intéresse la femme dans une union c’est la sécurité et non l’amour. Et cette sécurité est matérielle, financière, affective, intellectuelle, etc. Je suis le feuilleton malien, Dou (La Famille) tous les lundis soirs. Que d’enseignements. Ainsi, une jeune fille qui accepte d’être troisième épouse a tout simplement besoin de sécurité... ».
Pour Salimata Sangaré, « on peut rester fidèle sans être amoureux ou amoureuse. C’est mon cas. Je suis fidèle à mon époux parce que je me suis pliée au choix de mes parentes. Mais, je ne l’aime pas ».
D’autres avancent des raisons religieuses.
« En tant que croyante, je reste fidèle à mon époux parce que l’infidélité est prohibée par l’islam. Mais, je n’ai jamais aimé mon mari puisqu’il m’a été imposé par mon père. Et il sait que je ne l’aime, mais il a confiance en moi car il est assuré de ma fidélité ». Il ne peut penser autrement puisqu’il l’a trouvée vierge à 20 ans.

Infidèles amoureux...
« J’aime ma femme, mais cela ne m’empêche pas de la tromper. Cela m’arrive rarement. N’empêche que j’ai connu pas mal d’aventures depuis que nous nous sommes mariés. Elle n’en fait pas un problème tant que je la respecte. Généralement, c’est en mission qu’il m’arrive de tromper ma femme. Et si cela m’arrive ici, à Bamako, je fais tout pour que cela ne puisse pas compromettre l’harmonie et la quiétude de mon foyer. Ainsi, je ne découche jamais et je ne rentre jamais tard à la maison », souligne Maxime, un confrère Togolais. D’autres témoignages, surtout masculins, sont allés dans le même sens.
D’une façon générale, la majorité de nos interlocuteurs pensent que la fidélité n’est pas une preuve d’amour. Par contre, ils sont nombreux ceux-qui pensent qu’on ne peut pas sincèrement aimer sans souffrir.
Cependant, comme le souligne si pertinemment Diénéba Coulibaly, « malgré les déceptions, les trahisons, les chagrins, le stress qui accompagnent l’amour, nous ne pouvons pas nous passer de ce sentiment. Parce qu’il nous procure du bonheur. Un bonheur si intense qu’il nous suffit d’une minute pour oublier toutes les souffrances du monde ».
C’est certainement ces instants magiques que chacun cherche dans l’amour. Peu importe alors le reste. Parce comme on le dit souvent, peu importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse !

Réalisée par Aïssata Bâ - 2004/10/13