Fatoumata dite Babani Koné

Depuis le 28 juin dernier, la coqueluche des adolescentes et des jeunes dames, Babani Koné, est de retour dans les bacs. Un retour flamboyant sous le thème de « Yèlèma ». Un changement profond dans son art de vivre et dans l’évolution de sa carrière débutée il y a un peu plus d’une décennie. L’enfant de la cité des balanzas vient de s’ouvrir une nouvelle et prometteuse ère musicale. Les plus heureux sont sans doute ses fans qui disent, aux détracteurs de leur idole, « Tanpis pour les jaloux ».

Avec leurs nouvelles cuvées, Adja, Nènè, Sirani (Babani) étalent une maturité artistique avérée. Babani fait singulièrement un retour fracassant sur la scène. Loin de l’éclabousser, ses frasques et déboires conjugaux l’ont inspiré. Son ex-mari et belle famille sont alors obligés de se mettre à l’abri pour fuir ses flèches bien trempées dans du vitriol. Si les avis sont partagés sur cette stratégie voilée de régler ses comptes, peu de gens vont oser cracher sur le produit artistique. Parce que le menu a été concocté avec maestria pour entraîner sur la piste de danse les adeptes du mbalax, de la salsa, du zouk manding et du manding groove. Difficile de résister à la tentation de se remuer qu’on éprouve en savourant « Sontèfo », « Muso Lu », « N’Gnifè-N’Tifè », « N’Tefou », « Gnéwa Fa Bara », « Bi Môkô », etc. Ce qui fait du rythme de ce changement Un vrai régal pour les mélomanes. Dans ses chansons, Babani parle d’amour, des faits de société. Yèlèma est un album d’une grande beauté finement arrangé par Alassane Soumano, qui a mis tout son savoir-faire pour la réussite de cet album Née dans la pure tradition musicale, Fatoumata Koné dite Babani a été révélée au grand public malien en 1990, lors de l’élection de Miss ORTM, aux cotés de Kandia Kouyaté et Ami Koïta. Originaire de Ségou, l’un des hauts lieux du Jéliya, Babani est l’héritière de la dynastie de grands griots, mémoire vivante de nos sociétés depuis des siècles. Mais, son père, Salif (opérateur économique de son état) et sa mère, Mariam Kouyaté, ne pensaient pas avoir donné naissance à une future star. Conformément à une coutume du pays, la fillette est confiée à sa grand-mère. Cela a changé le cours de sa vie. Car griotte très célèbre, Awa Koné (sa grand-mère), était incontournable dans l’animation des cérémonies de mariage et de baptême. Et elle se faisait naturellement accompagnée de sa petite-fille.

Attraction de la biennale de 1984 Très douée, comme tous les enfants de son âge, Babani Koné assimilait avec beaucoup de facilité, les faits et gestes, et surtout les intonations et techniques vocales qui, plus tard, lui seront d’une grande utilité. Découverte très tôt par les responsables de jeunesse de son quartier, elle débuta par des chants lors des théâtres inter-quartiers et inter-écoles et participe ainsi au mouvement pionnier. De réels tremplins pour se faire remarquer et donner la plénitude de ses dons artistiques. Lorsque la troupe de Ségou lui fit appel en 1984 pour participer à la biennale artistique et culturelle, l’adolescente était déjà une mini-star régionale. Elle a été la grande attraction de cet événement. Après s’être forgée une bonne réputation dans les manifestations sociales (mariage, baptême...) dans la cité des balanzas et dans la capitale, elle se lance dans une carrière solo. Ainsi, en 1997, elle signe son coup d’essai “Sanu Djala” (foulard doré). Et elle ne déçoit pas parce que cet opus a été la pure confirmation de son talent. Celle que ces fans surnomment affectueusement Sirani (fille aînée) les surprend une année plus tard (en 1998) avec “Barika” (Merci). Un vibrant hommage à Marie-Louise, l’épouse du richissime Babani Sissoko. Et à travers elle, tous ses Diatigiw.

La quête de la perfection Ne cachant pas son ambition de régner sur la scène musicale nationale, la Sirène des balanzas est en constante quête de la perfection. Elle multiplie les expériences pour améliorer son style naviguant agréablement entre les sources traditionnelles et les affluents artistiques. Cette quête d’un savant dosage entre tradition et modernité aboutie à “Jéliya” en 2000. Mixée entre New-York et Paris, dans des conditions techniques reconnues par les critiques, cette œuvre a plus que comblé des admirateurs de la sirène devenue star. La sortie de cet album coïncide avec le début de ses déboires conjugaux. On lui prête des relations extraconjugales avec un jeune Don Juan de la Cité des rails (Kayes), Shérif Gadiogo. Sirani ne dément pas ! La rumeur s’amplifie et confirme le malaise du couple obligé de se séparer plus tard au grand dam de leurs trois filles. La jeune star peut enfin tranquillement vivre son idylle avec Shérif Gadiogo. Ses détracteurs la chargent, mais elle ne riposte jamais. Ces nombreux, qui la soutiennent sans faille dans cette épreuve, le font à sa place. Comme pour prouver à ses détracteurs que leur campagne de dénigrement n’a pas réussi à la brouiller avec ses Diatigiw, elle sort un album Sumu (en deux volumes) en fin 2003. Un produit disponible non seulement en cassettes audio, mais aussi en CD et en vidéo.

La page tournée La volonté de tourner cette page de sa vie est manifeste. On comprend alors aisément pourquoi elle a baptisé son 4è « bébé »...Yèlèma ! Le changement est bouleversant parce que le produit respire non seulement le professionnalisme d’une starlette arrivée à maturité, mais marque aussi un nouvel état d’esprit chez l’héritière. Le chef-d’œuvre confirme la maturité musicale, et la projette au-devant de la scène. Parce qu’au-delà du griotisme pur, Babani a opté une approche musicale novatrice qui se s’adapte mieux à la révolution artistique soutenue par les nouvelles technologies de l’information et de la communication. C’est une artiste qui aime ce qu’elle fait.

La conquête du show biz international De "Sanu Jala" à "Yèlèma" en passant par "Barika" et "Jéliya", la star adulée des femmes et des jeunes branchés a beaucoup évolué pour s’imposer dans le show biz. Il lui reste à confirmer cette maturité sur la scène internationale. Et pour se faire, elle ne doit plus se contenter des nombreuses sollicitations de ses "Jatigiw" pour animer des Sumuw en Europe et aux Etats-Unis. En constante ascension, il est temps que Sirani se dote d’un groupe de musiciens professionnels et d’un manager expérimenté afin de décrocher des contrats de spectacles comme Oumou Sangaré, Rokia Traoré, etc. Tout porte à croire qu’elle en est consciente parce que Yèlèma traduit, sans doute, sa volonté de s’ouvrir largement les portes du show biz international.

Réalisée par Aïssata Bâ - 2004/10/13