Mamou Thiero, Cantatrice

Avec une pureté vocale sans égale, Mamou Thiero incarne à elle seule toute la richesse artistique de son terroir. Si cette talentueuse artiste était jusque-la moins connue sur le plan discographique, c’est parce qu’elle a été très tôt vénérée par les Bozos et Somonos vivant sur les bords du Niger. Starlette déjà à 13 ans, elle a toujours su trouver la juste inspiration pour exhorter à la tâche ces grands maîtres du filet, de l’épervier, du harpon et de l’hameçon.

Après le décès de sa mère, son frère aîné la confie à l’un de leurs parents à Kayes d’où cette influence khasonké sur certaines de ses chansons. Ce n’est qu’à huit ans que Mamou s’est réellement révélée par la splendeur de sa voix.
Soucieuse de développer son propre style, Mamou crée son propre groupe musical traditionnel et s’accompagne de Marionnettes pour honorer ses multiples sollicitations au Mali et à l’extérieur. En 2003 par exemple, elle s’est brillamment produite en France et aux Etats-Unis lors du "Folklife festival" dont le Mali était l’invité vedette. Aujourd’hui, à 43 ans et mère de trois enfants dont une fille, la descendante de Sya Yattabary (la légende de Wagadou Bida, le serpent protecteur du Sosso. Thiero serait le nom de l’étalon qui a porté Sya après que son fiancé est vaincu le boa sacré) est au sommet de son art. Et après avoir brillamment transformé son premier essai, elle s’attend aussi à un succès de son second "bébé". En tout cas son talent fait l’unanimité. "Beaucoup d’artistes s’inspirent du terroir bozo, mais personne ne peut mieux interpréter les chants de ce milieu comme Mamou Thiero. Parce qu’elle maîtrise l’histoire de la contrée et la signification socio-culturelle de chaque chanson. C’est cela qui la distingue des autres", un vieil admirateur bozo. Pour Idrissa Soumaoro, artiste nominé cette année au Prix RFI-Musique du monde dont la phase finale aura lieu à Bamako en décembre prochain, "Mamou Thiero a une voix superbe. Elle excelle dans son genre. Bien managée, elle est promise à une brillante carrière internationale ». Ce qui ne serait guère surprenant puisque la perle du fleuve Niger est dans son milieu naturel qui la prédestinait une brillante carrière artistique.

"La musique est toute ma vie"

Après un premier essai prometteur, "Minimba", elle s’apprête à revenir sur le marché avec une autre merveille : Babolo Sumu bientôt disponible en deux cassettes (Djamna Baba et Kokoun Massa).Une agréable surprise que la sirène des Somonos a voulu offrir à ses fans comme un cadeau de fin d’année. Elle a accepté de se confier à Musow pour parler de ce double album. Interview !

Musow : Pouvez-vous nous présenter votre prochain album ?

Mamou Thiero : Babolo Sumu, c’est son nom, est un album de 12 titres qui va sortir en double cassettes (deux volumes) avant la fin de ce mois (l’interview a été réalisée le 9 novembre 2004, NDLR). Il est produit par Farafina production (Paris) de Saïbou Minta et la distribution sera assurée par Mali K7 SA.

-Quels sont les messages véhiculés par ces 12 titres ?
Mamou
 : Comme dans presque toutes mes chansons, l’amour, l’entente, l’espoir, la fraternité, la bravoure...sont des valeurs magnifiées par les titres de cette œuvre. Mes chansons sont généralement tirées des hauts faits de la société des pêcheurs bozos et somonos ainsi que de mon expérience quotidienne de la vie.

-Qu’est ce qui distingue ces deux nouvelles cassettes du premier opus ?
Mamou
 : Il y a une grande différence au niveau des mélodies. Grâce à l’ingéniosité de Harouna Barry, j’ai fait un saut impressionnant et séduisant par l’introduction d’un brin de modernité. Harouna Barry a beaucoup apporté à ce produit au niveau de l’arrangement. Ce qui m’a beaucoup comblé au niveau des rythmes. Il y aussi l’expérience en plus parce que le premier essai m’a permis de beaucoup apprendre et de faire assez de découvertes musicales. Ce second essai doit être considéré comme la somme de toutes ses expériences.

-Est-ce que ce changement n’a pas entamé le charme traditionnel qui a toujours fait votre spécificité ?
Mamou : Malgré ce clin d’œil au modernisme, ma musique n’a pas perdu son âme. L’expérience et le talent de Harouna Barry ont fait que cette évolution ne s’est pas faite au détriment de mes sources traditionnelles d’inspiration. Pour rien au monde je ne vais sacrifier cette originalité traditionnelle. D’ailleurs, au niveau des chansons, j’ai davantage puisé dans le terroir des Somonos et des Bozos que sur le premier album. Mon souhait est de toujours pouvoir rappeler aux nouvelles générations les vertus et les valeurs de notre société.

-Comment avez-vous débuté dans la chanson ?
Mamou : J’ai la chanson dans le sang et chanter est mon destin. Ma mère, Awa Koné, était une vedette dans toute la boucle du Niger. Elle était inimitable. Et un devin lui aurait prédit ma naissance et ma future carrière. J’ai suivi ce destin sans que ma mère, décédée alors que j’avais à peine deux ans, ait le temps de me transmettre le secret de l’art.

-Comment votre carrière a-t-elle évolué par la suite ?
Mamou : A 12 ans, j’ai été intégrée dans la troupe de théâtre de Markala. Au bout de quelques prestations, je suis presque devenue une vedette locale raflant les trophées des semaines locales et régionales au niveau du solo de chant. Je devais cette célébrité à mon titre fétiche, Falaw (les orphelins), qui a fait couler des larmes et m’a valu l’admiration des mélomanes. Jeune révélation des compétitions artistiques et culturelles du cercle et de la région, j’ai par la suite été convoitée par plusieurs orchestres. C’est surtout avec le Super Biton de Ségou que j’ai participé à une biennale et des tournées dans la sous-région. J’ai ensuite crée mon propre groupe avec des batteurs traditionnels et des marionnettes. Nous avons participé à beaucoup de manifestations culturelles et artistiques au Mali et à l’extérieur.

-Vous êtes presque au sommet de votre art aujourd’hui. Est-ce que cela a été facile ?
Mamou : Cela n’a pas été facile. Je me suis heurtée à beaucoup de contraintes, surtout au niveau de la famille. Parce qu’après la tragique disparition de ma mère, suite à un mauvais sort que lui auraient jeté ceux qui étaient jaloux de son phénoménal succès, mon père a tout fait pour m’empêcher de chanter. Je passais souvent la journée et la nuit à pêcher avec lui pour m’empêcher d’avoir des opportunités de chanter. J’ai été ensuite conduite chez tous les marabouts réputés de la région pour précocement mettre fin à ma carrière. Mais, rien ne peut s’opposer à la réalisation d’un destin. J’ai aussi eu à faire face à la jalousie, à la méchanceté... Mes détracteurs se fatiguent parce que seul Dieu peut empêcher un destin de se réaliser. Tout ce qui m’arrive aujourd’hui comme succès et bonheur, je le dois à Allah et à ma mère qui a toujours été fidèle et dévouée à mon père malgré sa notoriété et sa célébrité. Je me comporte aussi de cette manière à l’égard de mon mari pour que mes quatre enfants, surtout ma fille, ne fassent pas un jour les frais de mon comportement au foyer.

-Qu’est-ce que la musique vous a apporté ?
Mamou : Beaucoup ! Dieu merci, je subviens à mes besoins. J’ai en charge ma famille et j’aide mes frères et sœurs à s’épanouir socialement et économiquement. Sans compter que la musique m’a permis de beaucoup voyager et d’avoir beaucoup de relations au Mali et à travers le monde. Mon premier album, Minimba, m’a apporté une reconnaissance nationale et m’a ouvert des portes sur l’extérieur.

-Quelle est votre ambition avec la sortie de ce double album ?
Mamou : Aujourd’hui, mon plus grand rêve est de sillonner le monde pour promouvoir cette riche culture somono et bozo. Et j’espère que ces deux cassettes qui vont bientôt sortir me permettront de réaliser ce rêve. J’ai tout mis en œuvre pour atteindre ce but. C’est plus d’un an de travail que je vais ainsi soumettre aux mélomanes. J’espère qu’ils seront satisfaits du résultat que mes cassettes auront le succès escompté afin de combler mes attentes.

-Votre mot de la fin ?
Mamou : Je dis à mes admirateurs que la musique est toute ma vie. Je ne sais faire autre chose que chanter. C’est pourquoi je prie mes fans et tous les mélomanes de m’aider à vivre de cet art en n’achetant que des produits légaux avec des stickers. Nous nous en remettons à Allah et à eux parce qu’ils peuvent nous mettre à l’abri de la piraterie en achetant exclusivement des cassettes légales.

Réalisée par Aïssata Bâ