Rokiatou Samake, As Mande Et Aigles

Joueuse polyvalente, Rokiatou Samaké « Rose » est l’une des joueuses de football les plus talentueuses du Mali. Leader de l’AS Mandé de la Commune IV du district de Bamako, elle est titulaire avec l’Equipe nationale féminine de football depuis quelques années. A 20 ans, Rose rêve naturellement d’une carrière professionnelle en Europe.

« En nous rendant en Afrique du Sud pour le 4è Championnat d’Afrique féminin, nous avions l’ambition de figurer sur le podium de cette compétition à défaut de remporter le trophée en jeu. Hélas, nous avons vite perdu nos illusions », raconte Rokiatou Samaké, de façon mélancolique. Le parcours des Aigles a été tout sauf honorable à cette compétition. Avec un nul contre le Cameroun (2-2) et deux défaites sur le même score de 0-3 contre l’Algérie et le Nigeria, Rose et ses coéquipières n’ont pas pu franchir le premier tour.
Pour cette footballeuse déterminée, la défaite contre l’Algérie a beaucoup pesé dans cette contre-performance. « Cette défaite a démotivé les joueuses. Lorsque nous avons été repêchées suite au forfait de la R.D.Congo, nous nous étions engagées à battre l’Algérie qui nous avait éliminées dans un premier temps. Hélas, les Fennecs nous ont encore humiliées », explique-t-elle.
Et face aux Supers Falcones du Nigeria, « nous avons joué avec un complexe d’infériorité. Beaucoup de nos camarades avaient en tête que les Nigérianes (Vainqueurs de la compétition pour la 4è fois consécutive, NDLR) étaient invincibles », précise-t-elle.
Expulsée lors de la rencontre contre les Lionnes indomptables du Cameroun, Rose n’a pas pris part à cette rencontre décisive. Ce qui lui est restée au travers de la gorge. « Je m’en veux de n’avoir pas été aux côtés de mes camarades pour relever le défi ».
Modeste, la vedette incontestée des Mandekas assume sa part de responsabilité en étant aussi consciente que si chacun avait réellement joué sa partition dans la préparation de cette compétition, le Mali aurait pu vaincre l’Algérie même en son absence. « Nous n’avons pas bénéficié d’une bonne préparation. Après notre repêchage, les dirigeants nous avaient dits que nous allions commencer notre préparation ici, au Mali, avant de la boucler en France. Mais, nous ne sommes plus allées dans ce pays sans que personne ne nous dise pourquoi », explique l’attaquante des Aigles.
Pis, le regroupement s’est déroulé dans de très mauvaises conditions.
« Au début, l’internat a été un calvaire. Le toit suintait, nous étions envahies par les moustiques et la qualité des repas laissait à désirer. C’est après avoir rencontré le ministre des Sports que les choses se sont relativement améliorées », dit-elle. Il est donc utopique de croire que dans « un tel environnement nous puissions remporter un jour un titre africain ». C’est pourtant le rêve de Rokiatou et de ses coéquipières.
« Nous avons le potentiel et la qualité d’entrer dans l’histoire du foot féminin en Afrique si les dirigeants sportifs et les autorités mettent fin à leur injustice en nous accordant la même importance qu’aux garçons, surtout les Aigles seniors », pense la talentueuse et ambitieuse joueuse.

Début dans la clandestinité

Comme beaucoup de footballeuse, Rokiatou Samaké à commencer à jouer au foot avec les garçons dans la rue. Avec eux, elle rivalisait en talent dans le dribble et le jonglage. Et tout comme les autres « footballeuses », elle a aussi été victime des préjugés socio-culturels qui font du football un sport viril uniquement réservé aux garçons. « Lorsque j’ai débuté, je vivais avec ma sœur aînée. Elle me grondait chaque fois qu’elle me surprenait en train de jouer avec les garçons. Mais, j’ai continué à jouer dans la clandestinité. C’est ainsi qu’une joueuse du Mandé, Fatoumata Nantchini Coulibaly, m’a remarqué et m’a proposé de venir m’entraîner avec les joueuses de cette formation. Voilà comment je me suis retrouvée à l’AS Mandé en 1998 », raconte-t-elle. Aujourd’hui, elle a le statut de doyenne dans ce club, l’une des premières formations féminines de football du pays. Elle est de nos jours en quête de son rayonnement des années 80 et 90 avec Tantie, Aïssabou Kouyaté...
Rose a allègrement franchi les étapes pour se retrouver titulaire indiscutable de l’AS Mandé. Son seul regret, est de n’avoir pas encore été sacrée champion du district avec son équipe. « Depuis que je suis au Mandé, nous avons toujours terminé 2è ou 3è du championnat. Je rêve aujourd’hui d’un titre de champion avec mon club », déclare-t-elle.
Mais, la concrétisation de cette ambition ne dépend pas forcément de son talent et de son engagement, mais des moyens (humains et matériels) mis à la disposition de l’équipe « L’effectif actuel ne nous permet pas d’atteindre un tel objectif. Pour la prochaine saison, nous souhaitons que nos dirigeants fassent tout pour recruter de bonnes joueuses et un entraîneur expérimenté pour nous encadrer. Il faudra aussi trouver les moyens de mieux nous équiper. Si ces conditions sont réunies, je pense que nous pourrons alors réaliser notre ambition de dominer le football féminin au Mali », ajoute-t-elle au-dessus de ses 1,67m pour 57 kg.
Evoluant avec les Aigles depuis environ quatre ans, Rose à participer à deux phases finales de Can et aux Jeux africains « Abuja 2003 » (Nigeria). Ailière polyvalente, à l’aise des deux pieds, elle dispose de nombreux atouts pour rêver d’un long bail avec l’équipe nationale féminine. A 20 ans, l’étudiante du Centre Mabilé (3è année, secrétariat) à l’ambition de décrocher un diplôme avant d’embarrasser une carrière professionnelle. « Le diplôme est un garanti au cas où les choses tourneraient à l’inverse. Mais, je rêve d’une longue carrière professionnelle. Cela me permettra de mieux servir mon pays et de tirer le maximum de profits de mon talent », assure-t-elle avec beaucoup de convictions.

Les atouts d’un rêve

Ses coéquipières, dirigeants, encadreurs et des confrères pensent que la Rose nationale a assez d’atouts pour réaliser son rêve. « Lorsqu’elle est en forme, Rose peut à elle seul déterminer l’issue d’un match. Parce qu’elle est véloce, dotée d’une bonne lecture du jeu et elle a le dribble facile », commente un confrère. Un avis partagé par ceux qui la connaissent mieux.
Cependant, ses admirateurs la jugent souvent paresseuse. Ce que conteste naturellement la joueuse. « Je suis de nature nonchalante. Cela n’est donc pas de la paresse. Je préfère ne pas jouer que de monter sur la pelouse sans mouiller le maillot. Avec les Aigles, je me retrouve souvent dans une position qui ne me permet pas de m’exprimer comme je le souhaite. En tant qu’ailière, j’ai surtout besoin d’espace pour faire la différence et combler l’attente de mes coéquipières et des supporters. Mais, lorsque je me retrouve en position d’appui à l’attaquante de pointe, il n’est pas facile de jouer comme on le souhaite. Cela peut expliquer mes contre-performances avec l’Equipe nationale », explique-t-elle.
Pour Rokiatou Samaké le football n’est pas seulement, une partie de plaisir, une passion mais aussi une pari sur l’avenir et un tremplin de notoriété et de réussite sociale. « Même s’il ne m’apporte pas encore d’argent comme je le souhaite, le foot m’a permis de beaucoup voyager et de connaître des gens formidables au Mali et à l’extérieur », reconnaît-elle. Et elle ne désespère pas de faire un jour fortune grâce à ce sport et surtout à une longue carrière internationale et professionnelle qui a une grande place dans ses rêves de jeune, talentueuse et ambitieuse footballeuse.

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